Open Access : Quelles implications pour la Library of Congress et la Bibliothèque nationale de France ?

Il y a maintenant plus de 10 ans, l’explosion du prix des abonnements aux revues scientifiques a fait naître l’Open Access. Formalisé en 2003, à Berlin, ce mouvement s’est depuis répandu dans toute l’Europe et au-delà. Alors que les tendances sont au prolongement du droit d’auteur et à la réduction du domaine public1, l’Open Access parvient tant bien que mal à se faire une place dans le cadre légal. Affirmé dans une directive européenne en 2012, intégré à la loi américaine en 2014, l’Open Access est aujourd’hui au centre de l’actualité française. La loi « Pour une République Numérique », donnant un cadre légal à la publication scientifique en libre accès, vient d’être adoptée à l’Assemblée Nationale, elle sera présentée au Sénat au mois d’avril.

Lorsque l’on parle de l’implication des bibliothèques nationales dans l’Open Access on prend souvent pour exemple les pays scandinaves. À l’image de la Bibliothèque nationale de Suède qui est parvenue à coordonner différents mouvements autour de son projet Openaccess.se. On évoque que très rarement la Bibliothèque nationale de France (BnF) et la Library of Congress (LoC) car dans ces deux pays ce sont les acteurs de la recherche qui se sont emparés des problématiques d’Open Access. Ainsi nous nous demanderons en quelle mesure ces bibliothèques prennent part au mouvement de l’Open Access.

Repenser la diffusion : des enjeux culturels, scientifiques et politiques

Lorsque l’on parle d’Open Access on pense d’abord à la diffusion des travaux scientifiques. Mais si l’on s’en tient à la définition donnée à la conférence de Berlin, l’Open Access concerne aussi les biens culturels. Sur ce terrain la BnF et la LoC sont des acteurs essentiels. Leur mission de conservation et de valorisation les ont poussées à construire des bibliothèques numériques de taille considérable. Dans ce monde où domaine public ne rime pas toujours avec gratuité, la BnF met à disposition, au travers de Gallica, une multitude de documents libres de droit. En 2009 la LoC va encore plus loin en initiant la création d’une bibliothèque numérique mondiale.

Mais au-delà de leur vocation patrimoniale ces bibliothèques ont aussi une vocation de recherche. Se pose alors la question de la diffusion de leurs travaux. Les éditions de la LoC restent essentiellement payantes, cependant, le contenu des recherches est aussi diffusé en accès libre via de multiples supports. Certains laboratoires comme le John W. Kluge Center tiennent des blogs régulièrement mis à jour. La bibliothèque valorise aussi sa recherche dans le Library Of Congress Information Bulletin et dans le Library of Conggress Magazine. Côté français, la BnF a fait de l’Open Access une véritable stratégie éditoriale. La bibliothèque a développé en 2012, un partenariat avec Hal pour la création d’une archive ouverte. Sur cette archive, Hal BnF, on trouve aujourd’hui plus de 300 documents couvrant tous les domaines de recherche de l’institution. Un an plus tard la BnF effectuait un nouveau partenariat avec le Centre pour l’édition électronique ouverte (Cléo). Cette structure développe la plateforme de blogging scientifique Hypothèses sur laquelle on retrouve quelques chercheurs de la BnF. Cette collaboration permet aussi à la BnF de publier des monographies en libre accès via la platerfome OpenEdition Books.

En tant qu’institutions nationales, la BnF et LoC ont utilisé leur statut pour promouvoir l’Open Access et sensibiliser les chercheurs à ce mouvement. La BnF a participé aux Open Access Week de 2013 et 2014. La LoC bien que n’ayant jamais participé à cet événement, a organisé quelques tables rondes sur le sujet. En aout dernier, elle organisait une conférence à destination des chercheurs, sur la question des licences et l’Open Access.

Ainsi on voit que ces deux bibliothèques au travers de pratiques similaires participent de manière active à la libre diffusion des savoirs. Au-delà du pari scientifique et économique qu’incarne l’Open Access, la diffusion des ressources en accès libre est aussi un enjeu politique. En diffusant librement la science et la culture, ces bibliothèques remplissent une mission démocratique. Elles participent au développement de la créativité, de l’esprit critique et du libre arbitre des citoyens.

Valoriser les ressources : agir dans l’ombre pour mettre en lumière

La valorisation des ressources en accès libre est nécessaire car ces ressources évoluent dans un circuit documentaire parallèle. Ainsi elles sont très rarement signalées dans les catalogues des bibliothèques. Pour répondre à cette lacune le programme CONSER auquel participe activement la LoC, a lancé le Cooperative Open Access Journal Project. Depuis 2010 les participants au programme s’appliquent à cataloguer dans Worldcat toutes les revues répertoriées par le Directoy of Open Access Journal (DOAJ). Ils donnent, ainsi, une visibilité plus importante aux publications en accès libre.

La BnF tout comme la LoC est bien plus impliquée dans l’Open Data que dans l’Open Access. Les deux bibliothèques diffusent leurs données en respectant le modèle RDF, ce qui permet leur intégration au web données. Dans ce cas précis l’Open Data peut être au service de l’Open Access. Les mauvaises métadonnées sont l’un des principaux frein à la diffusion des ressources en libre accès. L’utilisation du web sémantique permet de palier ce problème car il offre la possibilité d’une indexation automatisée des ressources. C’est ce qu’expérimente la plateforme Isidore depuis 2011. Les listes d’autorités libérées par les bibliothèques nationales comme RAMEAU ou LCSH permettent une indexation unifiée et en plusieurs langues. Ces listes ne sont pas les seules données utilisées pour la catégorisation des ressources. Le DOAJ utilise la LCC pour indexer et classifier ses multiples revues.

Enfin, la BnF participe de façon active à la valorisation de l’Open Access grâce aux « Signets de la BnF ». Le signet « Archive ouvertes/Open access » référence un certain nombre de ressources : des moteurs de recherche, des archives ouvertes, des répertoires etc. Alors que l’Open Access a la fâcheuse tendance d’éparpiller les ressources, la BnF propose ici une liste des principaux sites français et internationaux sur lesquelles sont répertoriées ces ressources. Bien que non exhaustive cette liste offre un bon panorama des moyens d’accéder à ces ressources libres.

En France comme aux U.S.A. ce sont les acteurs de la recherche qui restent les principaux vecteurs de la valorisation des ressources en accès libre. Mais contrairement à ce que l’on pourrait croire la BnF comme la LoC, mettent leurs compétences au service de ces acteurs et participent grandement à cette valorisation.

Conserver et pérenniser : les chantiers de demain

La dématérialisation des supports et le développement de l’Open Access a créé un véritable éparpillement de la production scientifique. Lorsque la production scientifique était diffusée sur papier, elle était soumise au dépôt légal, ainsi sa conservation était assurée. Depuis une vingtaine d’années les développements du numérique et de l’Open Access ont engendré une grande diversification des supports. Aujourd’hui la recherche scientifique se fait dans des revues papiers et numériques mais aussi sur des blogs, dans des encyclopédies collaboratives, sur des réseaux sociaux etc. Et toute cette production échappe au dépôt légal. De fait elle n’est pas systématiquement archivée et quand elle l’est, ce n’est pas toujours de manière pérenne.

En France, la Bibliothèque Scientifique Numérique a été créée pour faciliter l’accès à l’information scientifique. Pour ce faire, elle privilégie l’Open Access. Au sein de ce projet c’est la BnF qui pilote le pôle « Archive pérenne ». A l’heure où les premières batailles pour l’Open Access semblent être remportées, la question de l’archivage pérenne des ressources est centrale.

L’archivage du web entrepris par les deux bibliothèques dans les années 2000 pourrait faire office de dépôt légal des ressources en accès libre. Mais cet archivage ne peut prétendre à l’exhaustivité. Certains domaines de recherche restent néanmoins très bien couverts comme par exemple la cartographie à la BnF. Pour des raisons juridiques l’accès aux archives du web est souvent limité. Ainsi, dans ce cadre précis, l’archivage pérenne semble incompatible avec l’Open Access. A l’inverse des phénomènes d’embargo que l’on retrouve dans l’édition, la production scientifique du web deviendrait accessible dès sa mise en ligne, mais à long terme l’accès à la publication archivée serait limité.

Au-delà de l’archivage du web, la LoC s’est lancée dans un projet d’archivage exhaustif des tweets échangés sur Twitter. Une communauté importante de chercheurs est présente sur ce réseau social. Ainsi, archiver des tweets c’est archiver des débats, des commentaires, des réactions etc. Bien que plus informelle cette production scientifique reste souvent pertinente.

En dehors de Twitter il existe une multitude d’autre réseaux sociaux plus spécifiques à la recherche. Sur ce terrain deux géants se partagent le marché : Academia.edu et ResearchGate. Ces réseaux sociaux permettent entre autre aux chercheurs de diffuser librement leurs travaux. Internationaux, multidisciplinaires, ils sont bien plus séduisants que nos archives institutionnelles. Cependant, ces plateformes ont deux principales limites. Leurs métadonnées sont inaccessibles et l’archivage pérenne n’y est pas garantis. La fermeture de ces sites entraînerait la fin de l’accès aux ressources. C’est pour cela que les bibliothèques nationales doivent continuer à utiliser leur statut et leur prestige pour sensibiliser les chercheurs à l’utilisation des archives institutionnelles.

La BnF et la LoC en mettant leurs compétences dans des domaines de pointe au service de l’Open Access pourraient participer de manière plus active à l’archivage pérenne de la publication scientifique en accès libre. Néanmoins, actuellement, les limites légales et techniques ne permettent que peu d’évolutions dans ce sens.

Bien que moins actives que certaines bibliothèques nationales, la BnF et LoC sont des acteurs à part entière de l’Open Access. Elles ont su se trouver une place aux côtés des institutions de recherche qui incarnaient le mouvement dans leur pays. Le cadre légal en place depuis 2012 aux U.S.A. ne semble pas faire de la LoC une bibliothèque plus active que la bibliothèque française. Il sera tout de même intéressant d’observer dans les mois et les années à venir l’impact de la loi française Pour une République Numérique sur l’implication de la BnF dans le mouvement. Mais la BnF, comme beaucoup de bibliothèques nationales, entretient des liens étroits avec les éditeurs, notamment dans le cadre du dépôt légal. Dans l’objectif d’améliorer la diffusion des revues françaises en ligne, la BnF collabore depuis 2006 avec l’éditeur de SHS Cairn. La bibliothèque détient même des parts dans le capital de l’éditeur. Or aujourd’hui Cairn est opposé à la réduction des embargos, ce qui en fait l’un des principaux opposants aux directives européennes sur l’Open Access. Ainsi on voit toute la complexité pour une bibliothèque nationale de s’impliquer pleinement dans l’Open Access.

Aurélien MOISAN

1En 1998 le Copyright Term Extension Act repousse de 20 ans l’entrée des oeuvres améraines dans le domaine public. Plus recemment la loi Valter votée en France, le 29 décembre 2015, permet de faire rentrer le copyfraud dans le cadre légal. Le copyfraud est une pratique qui vise à déclarer des droits d’auteurs sur une œuvre du domaine public suite à une numérisation.

Bibliographie

Bonnel, S., Oury, C., « La sélection de sites web dans une bibliothèque nationale encyclopédique », IFLA World Library and Information Congress, Lyon, 16 aout 2014. https://hal-bnf.archives-ouvertes.fr/hal-01098515/document (consulté le 05/12/2015)

Lee, M., « Open access and licensing », Library of Congress : Digital Library Technologies, Washington, 26 aout 2015. http://www.loc.gov/today/cyberlc/feature_wdesc.php?rec=6883 (consulté le 22/12/2015)

Devidal, M., Stratégies pour un dépôt légal des périodiques en ligne, Mémoire de FIBE sous la direction d’A. Bruys et de R. Mouren, Villeurbanne, Enssib, 2010. http://www.enssib.fr/bibliotheque-numerique/documents/48968-strategies-pour-un-depot-legal-des-periodiques-en-ligne.pdf (consulté le 11/01/2016)

Fortney, C., Gonder, J., « A social networking site is not an open access repository », University of California Office Scholary Communication, 1er décembre 2015. http://osc.universityofcalifornia.edu/2015/12/a-social-networking-site-is-not-an-open-access-repository/ (consulté le 01/12/2015)

Savenije B., « Open Access: Challenges for National Libraries », 76th IFLA General Conference, Gothenburg, 14 aout 2011. https://www.kb.nl/sites/default/files/staff/savenije/2010_ifla.pdf (consulté le 03/01/2016)

Stauder, R. F., « La BnF participe à l’open access week 2014 », Blog Lecteurs de la Bibliothèque nationale de France, 14 octobre 2014. http://blog.bnf.fr/lecteurs/index.php/2014/10/bnf-open-access-week-2014/ (consulté le 05/12/2015)

Stauder, R. F., «De l’Open access à la science participative : un enjeu démocratique», Blog Lecteurs de la Bibliothèque nationale de France, 23/09/2013. http://blog.bnf.fr/lecteurs/index.php/2013/10/de-lopen-access-a-la-science-participative-un-enjeu-democratique/ (consulté le 23/01/2016)

Suber, P., Open Access, London : MIT Press, 2012.

Tesnière, V., « La BnF apporte son soutien au portail CAIRN », Chroniques de la Bibliothèque nationale de France, 2006, décembre 2006. http://chroniques.bnf.fr/archives/decembre2006/numero_courant/cooperation/portail_cairn.htm (consulté le 11/01/2016)

Wallon, A., « De l’intérêt des bibliothèques nationales pour l’Open Access », BBF, n°6, novembre 2013. http://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-2013-06-0020-003 (consulté le 05/12/2015)

Publicités
Publié dans Non classé | Tagué , , | Laisser un commentaire

Soutiens publics à la chaîne du livre en Suisse

La Suisse se trouve dans une situation linguistique particulière qui se révèle être un problème important pour les besoin de la chaîne du livre du pays. Du fait de la multitude de langues pratiquées sur son territoire, il est nécessaire de penser la chaîne du livre Suisse en tenant compte des principaux acteurs de cette même chaîne, dans les pays voisins, qui sont des acteurs majeurs des marchés culturels concernés. Ainsi l’écrivain romand qui est édité en Suisse entre en concurrence avec des écrivains édités par de grandes maisons d’éditions parisiennes et ne peut souvent pas faire face.

Swiss_languages.png

Source: Wikipédia, wikimedia. CCL.

Afin de pouvoir préserver l’atout du multi-culturalisme et du plurilinguisme, les acteurs de la chaîne du livre Suisse doivent s’adapter à des marchés économiques aux structures profondément différentes puisque impactées par d’autres acteurs que la Suisse. On constate dans la pratique qu’aujourd’hui ce multi-culturalisme est mis en danger par la constante montée du prix du livre.

Face à ce problème de nombreux acteurs de la chaîne du livre se sont mobilisés pour l’application d’une réglementation du prix du livre en Suisse. Il s’agirait d’une forme de soutien public qui apparaît nécessaire pour la préservation du multi-culturalisme et le maintient en bonne santé de la chaîne du livre.

Aujourd’hui un problème se pose pour l’ensemble des maillons de la chaîne du livre Suisse et notamment pour ses acteurs romands. En effet depuis les années 2000 l’on constate en Suisse une diminution constante du nombre d’éditeurs romands, le nombre de maisons d’éditions passe de 145 en 2001 à 123 en 2005. Plusieurs facteurs sont en cause. L’un d’entre eux est le fait que les librairies Suisse préfèrent aujourd’hui se tourner vers des auteurs à succès, et donc bien souvent édités par des maisons d’éditions parisiennes plutôt que vers des auteurs de petites maisons d’éditions romande.

Le constat est en effet le même pour les libraires, face à la guerre des prix, les librairies ne peuvent de fait pas soutenir la production locale. De là vient la nécessité d’un soutien public et de subventions pour permettre aux librairies Suisse de diffuser les écrivains locaux et notamment romands.

Dés lors, dans une telle situation les auteurs romands n’ont que peu de possibilités. »Sans éditeur parisien, point de salut », les auteurs se tournent alors vers des maisons d’éditions plus importantes et s’exportent hors de Suisse. Si d’une part les chances de succès d’un auteur sont alors maigres, il s’agit surtout de considérer la perte que représente ces exportations pour le patrimoine culturel Suisse, la préservation du multi-culturalisme et sa diffusion auprès des lecteurs.

Au delà d’être une valeur soutenus par de nombreux acteurs de la chaîne du livre, le multi-culturalisme fait partie des engagements pris par la Suisse dans son engagement et son rayonnement européen. Cela concerne notamment la promotion du plurilinguisme au sein de la fédération.

Pour répondre à cette exigence, les différents acteurs de la chaîne du livre sont appelés à travailler ensemble. Un écrivain romand, soutenu par un éditeur romand qui lui même pourra écouler son ouvrage dans des librairies suisses.

Mais différents constats s’imposent, tout d’abord depuis 2001 le nombre de maisons d’éditions suisse est en baisse et le Chiffres d’Affaire annuel de l’ensemble de la filière tend aussi à s’éroder. Il en va de même pour le nombre de libraires qui n’a cessé de s’amenuir. Enfin, pour ce qui est de la Suisse romande, depuis que l’entente sur les prix de 1993 a cessé d’être appliquée le prix du livre n’a fait qu’augmenter.[1]

Il apparaît donc évident que les différents acteurs de la chaîne du livre Suisse ne peuvent satisfaire à une quelconque exigence de multi-culturalisme, de plurilinguisme voire simplement de diversité culturelle, face aux conditions économiques actuelles.

Si différentes aides et subventions sont mis en places par des organismes tels que l’Office Fédérale de la Culture, elles apparaissent comme insuffisante pour la plupart des acteurs. Et de nombreuses associations de professionnels font part de leur pessimisme quant à l’avenir de la chaîne du livre suisse.

Une cause importante pour les professionnels du livre, qu’ils soient bibliothécaires, libraires ou éditeurs fut notamment la réglementation du prix du livre. Si une telle réglementation existe en France, ce n’est pas le cas de la Suisse, particulièrement de la Suisse romande qui depuis 1993 considère le livre comme un produit de consommation comme un autre et laisse ce marché à la libre concurrence.

Une telle réglementation des prix permettraient en effet de sauvegarder cette chaîne du livre, et laisserait aux professionnels la possibilité de valoriser les différents auteurs locaux. Cette réglementation des prix du livre peut être perçue comme un frein à la liberté du marché économique que représente la littérature et l’objet livre, et dans le même sens un frein à l’essor créatif suisse. Cependant il s’agirait de reconnaître la particularité que représente le livre en tant que produit culturel qui ne répond pas aux même règles économiques que d’autres produits. Il n’y a par exemple pas un livre qui puisse remplacer un autre livre. Et la consommation de l’un ne se substitue pas à la consommation de l’autre. Au contraire, pour ce qui est du livre, il s’avère que la lecture de livre pousse à d’avantage de lecture. Ainsi, assurer une plus grande diversité sur ce marché ne constitue pas une nuisance mais bien un soutien à l’épanouissement d’une économie saine.

A travers la mise en place d’une réglementation des prix, il s’agit de protéger la chaîne du livre dans son ensemble. En effet, en offrant ce cadre aux professionnels du livres, les libraires peuvent miser sur la diffusion de produits diversifiés et locaux, notamment romand dans le cas qui nous intéresse. Ils accueillent dès lors d’avantages d’auteurs Suisse sur leurs rayons, auteurs qui eux-même trouvent d’avantage de lieux de diffusion. Les éditeurs suisse quant à eux peuvent à leur tour éditer des auteurs Suisse en ayant l’assurance de pouvoir écouler leur stock en coopérations avec les libraires du pays. Les lecteurs ont pour leur part accès à un choix plus vaste d’œuvres, et jouissent de la diversité culturelle de la Suisse à un prix modéré.

D’autre part, cet acte de protectionnisme économique à l’avantage de ne pas avoir de coût particulier, puisqu’il s’agit d’une simple réglementation des prix. Une telle réglementation serait une solution des plus intéressante dans la mesure ou elle constitue un véritable soutien public apporté à la chaîne du livre en Suisse, et ce sans pour autant représenter un investissement financier de taille.

La chaîne du livre en suisse est aujourd’hui en proie à de nombreux problèmes, l’offre culturelle à ce niveau a tendance à souffrir de la situation économique des dernières années. Pour assurer la pérennité et le développement des différents acteurs de cette chaîne, ainsi que pour remplir les missions de diversité et de préservation des identités culturelles et linguistique, des mesures de la part de la Fédération Suisse semblent nécessaire pour une large part des professionnels, notamment romands, qui comptent parmi les plus en danger. La mesure qui semblerait convenir à ces professionnels serait une réglementation du prix du livre. Les débats sur le sujet ont été houleux ces dernières années en Suisse, et si pour l’instant aucune loi n’est appliquée, une forte mobilisation a pu être observée.

Sitographie :

DUBOSSON Françoise et DIACON Christiane, « Le paysage éditorial en Suisse romande : état des lieux et perspectives », Industries culturelles et créatives. Janvier 2014

http://www.ageneve.net/diaconchristine/wp-content/uploads/sites/91/2013/08/ICC2014_edition_cdiacon-copie.pdf

VANDENBERGHE Pascal, « Renforcer les maillons de la chaîne du livre, de l’auteur au lecteur »[en ligne], Le Temps. Mis en ligne le 23/09/2015 sur http://www.letemps.ch/opinions/2015/09/23/renforcer-maillons-chaine-livre-auteur-lecteur.

Association Suisse des Diffuseurs, Editeurs et Libraires, « Loi Sur le prix réglementé du Livre »[ en ligne]. Avril 2009-Mars 2012. http://www.asdel.ch/pag.php?IDpage=107&IDcat=11

Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles. Paris, le 20 octobre 2015. http://unesdoc.unesco.org/images/0014/001429/142919f.pdf

Office Fédéral de la Culture, « Charte européenne des langues régionales ou minoritaires : rapport de la Suisse »[en ligne] 11/12/2015 https://www.news.admin.ch/message/index.html?lang=fr&msg-id=59922

GARCIA NICOLAS – Master 1 Politique des bibliothèques et de la documentation.

Publié dans Non classé | Laisser un commentaire

Analyse comparée du secteur de l’édition en France et en l’Allemagne

De la chaîne du livre aux organisations syndicales

Dans sa définition la plus commune, l’expression « chaîne du livre » fait référence en France à la dimension économique du processus. Cette chaîne du livre est séquentielle : dans sa configuration la plus élaborée, elle fait intervenir tour à tour l’auteur, l’agent, l’éditeur, l’imprimeur, le diffuseur, le distributeur et le point de vente. Chacune de ces entités perçoit une partie du prix du livre, et ce partage s’effectue sous des contraintes légales spécifiques au secteur. C’est cette définition, claire et communément acceptée que nous utiliserons ici. La chaîne du livre allemande est de ce point de vue exactement similaire à la chaîne du livre française.

L’une des différences qui caractérise cependant ces pays se situe au niveau des organisations nationales. En effet, la France se distingue par sa constellation de petits regroupements (et parfois de regroupements de regroupements) comme par exemple le Syndicat National de l’Edition (SNE), le Syndicat de la Librairie Française (SLF), le Syndicat national de la Librairie Ancienne et Moderne (SLAM) ou encore le Syndicat National du Livre et de l’Edition (CFDT)… Et la liste est longue ! En Allemagne au contraire, une organisation principale réunis les acteurs de la chaîne du livre exposés plus haut, du moins de l’éditeur au point de vente, il s’agit de la Börsenverein des Deutschen Buchhandels (littéralement « union boursière des commerces de livre allemands »). Elle explique par ailleurs sur son site internet être : « L’unique union qui réunit les trois étapes commerciales sous un toit – les maisons d’édition, librairies, l’interlibrairie, les antiquaires et les représentants de maison d’édition. Il s’entend comme le porte-voix de la branche de livre et est aux côté du public et de la politique en conseillant. ». Il s’agit donc d’un groupe de pression national réunissant (notamment) éditeurs et libraires.

Nous connaissons en France la force de persuasion du SNE, qui s’est par exemple illustrée il y a peu sur la réforme du droit d’auteur en diffusant aux libraires une plaquette choc intitulée « la gratuité c’est le vol », tandis que les autres groupes d’intérêts semblent parfois bien démunis face à lui. La question que nous allons nous poser dans les lignes suivantes est celle des similarités ou différences dans le rapport de force, notamment l’influence sur les lois, au travers de deux grands exemples on ne peut plus actuels : Les lois récentes sur l’Open Access et l’édition scientifique et la lutte des librairies contre le monopole d’Amazon.

Un exemple actuel : la lutte contre le géant Amazon

Avant de détailler la problématique des librairies face au géant des ventes en ligne Amazon, et les lois correspondantes, il faut tout d’abord rappeler ici ce qu’est ce qu’on appelle le prix fixe. Le prix unique du livre est une forme de contrôle vertical du prix de vente de détail des livres par l’éditeur. Selon les pays, dans les cas qui nous intéressent il prends la forme d’une disposition législative.
En France, le prix unique du livre est régi par la Loi Lang de 1981 et en Allemagne par la « Verzeichnis Lieferbarer Bücher » ou LVB de 1987 (passée en loi en 2002, puis modifiée en 2015 pour y ajouter les livres numériques). Cette loi autorise par exemple en France une réduction de 5 % sur la TVA, donc répercutée sur le prix du livre. En Allemagne, comme en France sur ce point, la loi fixe un prix unique que les éditeurs et libraires se doivent de respecter et répercuter . On notera cependant une forte opposition de certains secteurs de l’édition allemande à cette loi. Ses détracteurs soulignent le fait qu’elle ne s’applique que difficilement aux éditeurs spécialisés qui reprochent son manque de souplesse à la loi, elle ne s’adapterait que mal aux produits spécialisés comme les éditions scientifiques par exemple. Le but de ces deux lois est de protéger la librairie nationale de la concurrence et d’attirer les consommateurs par le prix en définissant le livre comme un bien de consommation « spécial » (il est par exemple également cité en France dans la liste des biens de première nécessité).

La donne a quelque peu changé cependant avec l’arrivée de la vente en ligne. Les librairies vendant des livres (physiques ou numériques) ne sont à partir de ce moment en effet plus nécessairement des librairies « nationales » (c’est-à-dire dans ce contexte des librairies implantée dans le pays). Les facilité de paiements et d’acheminement ont attirés les lecteurs hors des circuits de librairies physique et de grosses compagnies à la communication efficace et bien implantées sur le net ont récupéré une grosse partie des ventes de livres, jusqu’à 17 % en France. C’est notamment Amazon, une compagnie américaine, qui a récupéré ces parts de marché, 80 % en France. Les lois citées précédemment protégeant les librairies n’étant pas pensées dans un cas de concurrence international, Amazon s’est donc retrouvée avec les mêmes avantages que les librairies françaises et allemandes classiques, et le but même de ces lois protectionnistes s’en voit fragilisé.
En France une loi est adoptée, sous la pression du SNE notamment, pour faire « barrage » et réparer les lacunes de la loi Lang. Il s’agit de la loi dite « Anti-Amazon » adoptée et entrée en vigueur en 2014. La loi interdit aux vendeurs en ligne de livres papiers et au premier d’entre eux, le géant américain Amazon, à la fois la gratuité des frais de port et le rabais de 5 % sur le prix de vente fixé par l’éditeur de la loi Lang. Une mesure cependant lacunaire et facilement contournable par la multi-nationale, ce qu’elle s’est empressée de faire comme l’explique cet article :

« Le e-commerçant a également une solution toute trouvée, et déjà bien établie, à l’aide de l’adhésion Premium : un programme annuel, pour 49 € par an, qui « offre » la livraison gratuite en un jour ouvré, ainsi que des ebooks en prêt ou des films en streaming. Efficace, d’autant plus que le revendeur est sûr de gagner des clients fidèles avec ce type d’offre.

Dans les deux cas, les mesures d’Amazon restent tout à fait légales, et la loi désavantage finalement… les libraires indépendants, dans une certaine mesure. En effet, si Amazon peut se permettre un tarif aussi faible sur ses frais de port, c’est grâce aux négociations avec les transporteurs, sur lesquels il pèse particulièrement.

De ce point de vue, la loi ne règle rien, et les libraires indépendants déplorent déjà le manque de soutien des services de transport : « Les instances nationales, comme le ministère, le CNL ou le SLF, pourraient peut-être faire comprendre à Colissimo que nous sommes, tous ensemble, un acteur essentiel à leur économie et à l’économie globale », expliquait Thomas Le Bras, chef de projet pour la plateforme leslibraires.fr, une alternative à Amazon montée par des libraires indépendants.»

Remarquons ici que si le SNE et le SLF ont poussés la loi, d’autres acteurs français élèvent la voix pour leur demander un soutien qu’ils considèrent comme lacunaire.

En Allemagne le processus est quelque peu différent : aucune loi n’a été adoptée, mais en revanche les procès de la Börsenverein contre Amazon se multiplient, et les pressions entre éditeurs pour résister ensemble à la firme aussi. Ici par exemple la Börsenverein notifie une infraction au prix unique : Amazon proposait une version numérique gratuite d’un livre pour tout téléchargement de l’application de lecture phare d’Amazon, Kindle. Ce faisant l’e-book n’était proposé gratuitement que par Amazon et son Kindle. Un autre exemple lorsqu’un éditeur allemand, Bastei Lübbe, a créé un partenariat avec Amazon sur la vente d’un e-book… La réaction fut immédiate comme l’explique cet article d’ActuaLitté :

« Le PDG de la chaîne de librairies RavensBuch, Michael Riethmüller, n’a pas caché son agacement à la découverte de ce partenariat : ni une, ni deux, il a annoncé que les commandes en cours et les rendez-vous avec les représentants de l’éditeur étaient annulés jusqu’à nouvel ordre. Par ailleurs, l’initiative Buy Local, qui met en avant le réseau de librairies et les éditeurs ou auteurs locaux, se passera aussi de la marque Bastei Lübbe.
[…]
Si libraires et éditeurs sont des partenaires sur tous les marchés du livre, la situation allemande est particulière : les deux professions sont représentées par un même organisme, le Boersenverein, l’Association des éditeurs et des libraires allemands. Autrement dit, les actions de Bastei Lübbe sont désormais connues de tous, d’autant plus que Heinrich Riethmüller, père de Michael, est président du Börsenverein…Oups ! »

Nous voyons bien au travers de cet exemple que les choses fonctionnent très différemment en Allemagne : de part son hégémonie la Börsenverein des Buchhandels est capable d’unifier les comportements et les intérêts des libraires et éditeurs allemands, ce qui peut cependant se révéler problématique : une hégémonie est toujours dangereuse.
Deux systèmes qui diffèrent pour des problématiques communes

Nous l’avons bien vu, au-delà, ou peut-être à cause, des différences d’organisation des associations représentants les éditeurs et libraires en France et en Allemagne, les manières d’aborder les mêmes sujets sont complètements différentes. Cet exemple serait sans doute à contextualiser dans les deux pays et à enrichir d’autres cas, sur l’Open Access par exemple, ou sur le droit d’auteur, où les recommandations européennes et les enjeux pour les organisations sont les mêmes dans les deux pays. Mais nous avons d’ors et déjà dressé une petite représentation de leurs deux fonctionnements.
En Allemagne, il n’y a qu’un seul grand groupe de pression représentant à la fois les intérêts des éditeurs et des libraires. Il y a donc plus facilement dialogue et consensus entre les différents acteurs. Et mêmes si une telle hégémonie doit sans doute poser problème à d’autres niveaux (notamment quand d’autres groupes s’opposent à la Börsenverein), elle évite cependant en partie les multiples tensions internes que nous pouvons connaître en France sur de tels sujets. C’est un des problèmes du système de « constellation française » : autant de groupes aux intérêts considérés comme divergents peinent parfois à travailler ensemble et à voir les points qui les relient entre eux. Les tensions sont par conséquence plus nombreuse, mais ne prêtent peut-être pas autant à conséquence qu’en Allemagne. La force de l’habitude sans doute.

Laura KLEIN

Master 1 PBD

Bibliographie

BEUVE-MERY, Alain. 2014. « La loi « anti-Amazon » votée par le Parlement ». Le Monde.fr, janvier 9, sect. Économie. http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/01/09/le-senat-adopte-le-projet-de-loi-anti-amazon_4344934_3234.html.

BEUVE-MERY, Alain. 2015. « « La gratuité, c’est le vol » : la campagne en faveur du droit d’auteur ». Le Monde.fr, septembre 10, sect. Économie. http://www.lemonde.fr/economie/article/2015/09/10/la-gratuite-c-est-le-vol-la-campagne-en-faveur-du-droit-d-auteur_4751809_3234.html.

DEMARCO, Amanda. 2011. « German Publisher Ponders Moving Abroad to Avoid Fixed Prices ». Publishing Perspectives. décembre 15. http://publishingperspectives.com/2011/12/german-publisher-ponders-moving-abroad-to-avoid-fixed-prices/.

GARY, Nicolas. 2015. « La gratuité c’est le vol : une analyse lacunaire, voire illusoire ». ActuaLitté. septembre 28. https://www.actualitte.com/article/monde-edition/l-ouvrage-de-malka-se-trompe-de-cible/60772.

GIMAZANE,Rémi. 2008.« 1754-comprendre-et-connaitre-la-chaine-du-livre.pdf ». 2016. Consulté le janvier 28. http://www.enssib.fr/bibliotheque-numerique/documents/1754-comprendre-et-connaitre-la-chaine-du-livre.pdf.

OURY, Antoine. 2014. « La loi anti-Amazon au Journal Officiel : les frais de port à 1 centime ». ActuaLitté. juillet 10. https://www.actualitte.com/article/monde-edition/la-loi-anti-amazon-au-journal-officiel-les-frais-de-port-a-1-centime/50047.

OURY, Antoine. 2016a. « Allemagne : vives tensions après le partenariat d’un éditeur avec Amazon ». ActuaLitté. janvier 12. https://www.actualitte.com/article/monde-edition/allemagne-vives-tensions-apres-le-partenariat-d-un-editeur-avec-amazon/62935.

OURY, Antoine. 2016b. « Ebooks gratuits ou partages de liens, la loi allemande intraitable avec Amazon ». ActuaLitté. janvier 26. https://www.actualitte.com/article/lecture-numerique/ebooks-gratuits-ou-partages-de-liens-la-loi-allemande-intraitable-avec-amazon/63166.

Publié dans Non classé | Laisser un commentaire

L’édition 100% numérique : innovations et nouveaux modèles éditoriaux.

Le marché actuel du livre numérique est encore en construction et toutes les tentatives éditoriales numériques sont autant de laboratoires d’essai et d’expérimentations.

En France, trois maisons d’édition sur cinq ont intégré l’offre numérique dans leur stratégie éditoriale et l’édition numérique représente 6,4% du chiffre d’affaire des éditeurs[1].La lecture numérique et l’équipement des français en appareil permettant la lecture (liseuses, tablettes, smartphones) est en nette augmentation.

Aux Etats Unis, le livre numérique pèse 25% sur le marché du livre et plus de 40% des livres vendus sont des e-books. Plus de la moitié des revenus des éditeurs provient du numérique. Avec l’arrivée des géants du web (Amazon, Apple, Google) les Etats Unis ont intégré précocement le numérique dans leur stratégie éditoriale. Nous prendrons en compte, dans cet article, l’édition numérique américaine comme exemple ou modèle d’innovation.

Le livre numérique n’est plus considéré comme une menace mais comme un enjeu même s’il bouleverse le fonctionnement de la chaîne du livre. L’avenir de l’édition s’opérera-t-il par un basculement progressif du numérique au papier, c’est à dire vers une stratégie éditoriale qui pense le numérique avant l’imprimé ? En ce sens, nous allons explorer les stratégies des éditeurs 100% numérique ou pure players en développement. Sont-ils les modèles en devenir de l’édition de demain et comment repensent t’ils le marché du livre, par quels modèles, quelles innovations ?

Il convient de rappeler que l’économie de l’édition numérique est une économie de l’innovation. On parle d’innovation de rupture pour le livre numérique car il engendre un changement radical qui « modifie en profondeur les conditions de lecture et de production »[2]. La diversité des supports est une caractéristique inhérente à la conception du livre numérique. Cette nouvelle donne impose aux éditeurs de prendre en compte de nouveaux acteurs et collaborateurs qui entrent en scène dans la conception et la production : les fabricants de matériel permettant la lecture numérique, les opérateurs de téléphonie mobile, les créateurs d’applications, les webdesigners… L’économie du numérique est avant tout une économie de réseau. Elle suppose l’innovation et l’expérimentation économique, technologique et une nouvelle organisation structurelle.

Les pure players ou éditeurs tout en ligne[3] : quel modèle éditorial?

          Les éditeurs 100% numérique ou pure players sont des maisons d’édition qui pense la conception et la publication des livres sous format numérique uniquement, destinés aux nouveaux usages de lecture. Ils sont à la fois affranchis de la chaîne du livre et des contraintes des éditions traditionnelles et dépendants des nouveaux usages et supports du numérique. Certains coûts sont supprimés mais d’autres viennent s’ajouter (métadonnées, sécurisation et stockage des fichiers…) et ils sont obligés de travailler avec de nouveaux acteurs.

Dans son ouvrage « Le livre à l’heure du numérique » Françoise Benhamou appelle les aventuriers du numérique ces nouveaux venus de l’édition qui ont misé sur le tout numérique. On dénombre 169 éditeurs pure players francophones en 2014[4]. Ils s’inscrivent dans l’économie de l’expérimentation et sont les laboratoires de l’édition de demain qui prend en compte en premier lieu la dématérialisation du livre, son caractère numérique avant sa diffusion et distribution. L’enjeu pour ces nouvelles maisons d’éditions c’est aussi d’affirmer leur rôle éditorial, de renforcer le « label qualité » de l’éditeur, elles remettent en question la dimension normative de l’édition et doivent repenser leur stratégie.

Les maisons d’édition nativement numérique ou digital only cherche à explorer les opportunités du numérique. On peut parler de circuit alternatif en développement qui cherche à se positionner sur le marché. Certains pure players revendiquent leur indépendance c’est à dire qu’ils sont à l’origine de la conception, fabrication du livre et qu’ils construisent un catalogue numérique propre.

Aux Etat Unis une des premières plateformes éditoriales, créée en 2009, à adopter une stratégie à 360 degrés et à tenter le tout numérique est Open Road Media. Elle publie quatre façons de penser l’e-book : des auteurs connus, des partenariats, des e-riginals publiés sous format numérique et des découvertes (en prenant en compte l’autoédition) enrichies de vidéos et son. En France on peut citer Publie.net dans les plus novateurs, créée par un auteur, qui propose une plateforme d’édition numérique plurielle.

Innovations numériques et technologiques

          Le livre enrichi ou « multimédia » est une innovation dont le monde de l’édition du tout numérique se saisit. L’augmentation de la lecture sur tablette mais aussi sur smartphone, encourage le développement de ce nouvel objet/livre hybride. Les éditeurs se doivent aujourd’hui de penser à l’objet avant d’en penser le contenu. Ils sont les garants de leur qualité et leur richesse, malgré les nouvelles concurrences venues notamment des développeurs d’application. Au Etats-Unis, face à Amazon, le marché du livre numérique c’est d’abord orienté autour de celui des liseuses, mais la lecture hybride devient prédominante notamment sur tablette et smartphone d’où l’émergence de création de livres enrichis et d’applications.

50% des pure players francophones[5] pratiquent l’enrichissement comme ajouts aux contenus dans le texte. Pour eux le livre enrichi doit être une valeur ajoutée éditoriale et non un bonus. Il s‘agit donc aussi de se positionner à l’intérieur du circuit tout numérique : proposer un livre similaire au papier ou créer un nouvel objet, un nouveau concept. Le savoir-faire numérique et technologique est primordial pour les éditeurs tout en ligne. Il faut trouver le juste équilibre entre les nouvelles possibilités du numérique pour la création littéraire et le danger du trop technologique au risque de perdre l’attention du lecteur et de l’étourdir. La dimension cognitive dans la lecture du livre numérique augmentée à une réelle importance dans la mise en place d’innovation.[6]Il s’agit également de s’adapter aux supports, en privilégiant l’interopérabilité des formats pour différents usages et supports de lecture et anticiper les innovations technologiques toujours en mouvement.

Le livre enrichi a pour but de le rendre connecté et interactif. Il doit être autre chose que le livre papier. Pourquoi chercher à réaliser un objet similaire au papier alors que celui ci existe déjà ? C’est sur ce point que les éditeurs numériques tentent de s’orienter. Certains d’ailleurs viennent d’autres milieux que l’édition (l’audiovisuel, la musique, la téléphonie). Se sont de nouvelles expériences immersives et de nouveaux usages qui permettent d’encourager le lecteur vers la lecture numérique mais aussi d’attirer un nouveau public de non lecteur. La maison d’édition numérique française Story Lab par exemple se place en laboratoire d’expérimentation digitale comme studio et atelier de création avec une expertise technologique, éditoriale et marketing. On peut également donner en exemple l’application Paris-Tokyo créée par Les éditions merveilleuses, qui promet deux livres enrichis et interactifs dans une application avec le récit de Tokyo par une française et celui de Paris par une japonaise.

L’innovation numérique est un des points majeurs de l’édition numérique américaine, qui se constitue en véritable start-up technologique proposant notamment multiples applications pour accompagner la lecture. En 2015, plusieurs nouvelles applications pourraient influencer « la french tech » de l’édition numérique. Citons quelques exemples comme Booktrack une application comme service augmenté de l’expérience de lecture grâce à laquelle on peut disposer d’une bande sonore du livre. Un autre exemple récent est l’application Shelfie qui permet de photographier son étagère de livre afin d’en recevoir la version dématérialisée. De plus les filiales de divertissement, d’Entertainment américaine, celles du jeux vidéos par exemple, s’emparent également de l ‘édition numérique pour poursuivre l‘expérience du jeu, preuve de l’importance de l’innovation et de la croissance de l’édition numérique.

Avec le livre enrichi, on soulève toutefois la question du droit d’auteur. Un casse tête pour les éditeurs numériques avec plusieurs auteurs, créateurs de mondes différents (vidéo, son…) qui doivent respecter l’intégrité de l’œuvre, particulièrement en France.

Repenser le rapport à l’auteur et le mode de financement

          Les maisons d’édition nativement numérique sont aussi à la recherche d’un nouveau modèle dans leur relation à l’auteur. Ils recherchent les auteurs sur le web ou grâce à des évènements et mettent en place de nouveaux services aux auteurs. Elles imaginent aussi leur catalogue comme un moyen de médiation et tentent d’être le plus actives sur le web notamment par la promotion des auteurs qui peuvent être en contact direct avec les lecteurs via les blogs et réseaux sociaux. Donc une activité promotionnelle repensée et un rapport auteur /lecteur qui suit l’émergence des pratiques collaboratives et de communautés du web.

En ce sens le financement collaboratif peut être une nouvelle logique économique dans l’édition numérique comme modèle de financement. Un modèle de rupture qui repose sur le financement par le don et promet des contreparties pour le lecteur. Cela change et invente une nouvelle relation du lecteur-éditeur-auteur. Il existe de nombreux sites et plateformes de financement collaboratif dans l’édition qui se multiplient (Lesnouveauxauteurs, CrowdBook, My MajorCompanyBooks…). Le crowdfunding dans l’édition numérique est garant d’une nouvelle stratégie de fonctionnement : il fait émerger le rôle de prescripteur du lecteur et l’auteur promeut lui même son ouvrage. Il se fonde également sur trois nouvelles façons d’envisager le financement : le micro financement, le pré-financement et la co-création.[7]Ces nouveaux paradigmes sont autant de nouveaux modèles qui peuvent être adapter par les pure players de l’édition. Le financement participatif c’est aussi un moyen de faire adhérer un lecteur proche de l’aspect alternatif du concept et permet de « s’inscrire dans la logique virale de la Toile ».[8]

Le modèle de l’autoédition, proche du modèle crowdfunding, est très présent aux USA. Le texte est choisi par les lecteurs qui participent aussi à son financement créant un rapport direct d’auteur à lecteur. Les éditeurs numériques peuvent passer par le biais de l’autoédition en récupérant certains auteurs reconnus, distingués par une communauté de lecteurs/internautes en y ajoutant la valeur éditoriale pour crédibiliser l’offre. On parle d’édition indépendante aux Etats Unis pour l’autoédition qui est un marché croissant et un secteur non négligeable dont les éditeurs numériques américains s’emparent. La part de l’autoédition avoisinent les 18% et ce marché entre en phase de maturation avec certaines plateformes émergentes aux USA comme eBookIt et Blurb. Amazon a également investi dans le secteur de l’autoédition avec sa filiale Create Space. En France elle reste minoritaire.

Par ailleurs, les éditeurs numériques expérimentent aussi, tout comme les éditeurs traditionnels, différents modèles d’accès. Il existe alors un nouveau modèle économique qui consiste à louer l’accès au livre plutôt que de vendre le fichier. Les éditeurs pure players prennent en compte la valeur d’usage plutôt que la valeur de propriété. Et se sont bien des ventes et des offres de services qui sont ainsi développées. [9]

          Paradoxalement, la question aujourd’hui pour ces éditeurs qui ont pensé le numérique avant le papier, est de savoir s’il est nécessaire d’intervenir sur le marché du livre avec une dimension matérielle de leur production. C’est le passage du digital only au digital first (suivi par la presse). A titre d ‘exemple l’édition publie.net a entrepris une collection papier depuis 2012 pour profiter du réseau des librairies en France et afin d’attirer un public différent du web. Dans ce cas l’impression à la demande semble être une nouvelle conception et solution pour l’édition. Réconcilier le monde digital et le monde de l’imprimé et ainsi créer un nouveau modèle de financement qui repose sur le fait de produire uniquement ce qui est vendu.[10]

Les pure players, qui restent sur un marché de niche et que l’on étudie ici comme un microcosme de l’édition avec ses limites, mettent en place plusieurs stratégies et compétences : numériques, éditoriales et commerciales. A travers les expérimentations des éditeurs du numérique on voit bien émerger et se renforcer la complémentarité du papier et du numérique, et ceci rend l’avenir de l’édition optimiste. En effet se sont deux modèles qui se complètent, se développent côte à côte comme déjà aux Etats-Unis et laissent entrer l’innovation technologique au cœur de leur stratégie. L’édition numérique est déjà bien implantée aux Etats Unis grâce au virage numérique précoce et aux pratiques numériques des lecteurs américains, avec toutefois quelques nuances (une légère baisse de la vente des e-books en 2015). Elle semble se propager en France d’une manière parallèle, différente mais innovante, et encourage et réinvente l’édition du livre numérique pour demain.

                                                                                                             Emma GAGNEUX

Bibliographie

 Monographie

BENHAMOU Françoise, Le livre à l’heure numérique, papiers, écrans vers un nouveaux vagabondage, Seuil, 2014

LARIZZA Olivier, La querelle des livres, petit essai sur le livre à l’âge numérique, Buchet Chastel, 2012

Rapports et études

« L’édition en perspective » Rapport d’activité du syndicat national de l’édition 2014-2015, lien url :http://www.sne.fr/wp-content/uploads/2015/07/Rapport-dactivité-interactif-SNE_Edition-en-perspective-2015.pdf

« Les grands enjeux de l’édiction numérique aux Etats-Unis », Assises du livre numérique, 2013

« Les acteurs de la chaîne du livre à l’heure du numérique, Les auteurs et les éditeurs » Note d’analyse, Centre de stratégie d’analyse, mars 2012

« Pratique d’éditeurs : 50 nuances de numérique », étude réalisée par le MOTiF et Le Labo de l’édition, mars 2014, lien url : http://urlz.fr/314B

Articles

BÉNABENT Juliette, « Livre numérique, comment tourner la page », Télérama, mis en ligne le 27/04/2013, lien url : http://urlz.fr/314x

NORA Dominique, « Jusqu’où ira le livre numérique ? » Le nouvel observateur, mis en ligne le 22 /03/2014, lien url : http://urlz.fr/314u

POIREL, Carol « Innovation et règles du jeu : le cas du livre numérique en France », Management & Avenir 2015/4 (N° 78), p. 125-142

TOUBON Jacques, « Le livre dans l’économie numérique. Quelle politique ? », Le Débat 2012/3 (n° 170), p. 37-41.

TRÉHONDART, Nolwenn « Le livre numérique, un objet textuel non identifié », Les métamorphoses numérique du livre III, Revue Dazibao, 2013, lien url : http://urlz.fr/31fx

WARREN, John W « The Progression of Digital Publishing: Innovation and the E-volution of E-books », Rand Corporation, 2010

Notes

[1] Étude KPMG, « 2ème baromètre de l’offre de livres numériques en France », 2015

[2] Carole Poirel, « Innovation et règles du jeu : le cas du livre numérique en France », Management & Avenir 2015/4 (N° 78), p. 125-142.

[3] Nous emploierons dans cet article plusieurs termes équivalents : pure players, éditeur tout en ligne, éditeur 100% numérique, éditeur tout numérique ou digital only.

[4] Lorenzo Soccavo, chercheur en prospective du livre de la lecture et de l’édition

[5] D’après l’étude « Pratique d’éditeurs : 50 nuances de numérique », réalisée par le MOTiF et Le Labo de l’édition.

[6] D’après l’article « Le livre numérique, un objet textuel non identifié » de Nolween Tréhondart

[7] Blog du Labo de l’édition

[8] Françoise Benhamou Le livre à l’heure du numérique

[9] L’offre freemium par exemple

[10] D’après l’article « Impression à la demande : pourquoi le numérique sera l’avenir du papier » de Tristan d’Avezac De Moran, Le journal du net, 2015

Publié dans Non classé | Tagué , | Laisser un commentaire

L’usage du livre numérique dans les bibliothèques municipales entre la France et l’Amérique du nord

Il est clair qu’aujourd’hui le développement technologique a pu toucher tous les domaines existant dans le monde entier. Ces nouvelles technologies ont bien facilités plusieurs tâches que le corps humain n’arrive pas le faire ou ils trouvent des difficultés à les mettre en place. Parmi les domaines touchés par cet effet est le monde des sciences de l’information et des bibliothèques, ces structures qui traite ce genre de domaine trouvent toujours des problèmes dans la conservation de tous les documents qui possèdent vu l’espace restrictif de leurs locaux, et donc ils ne trouvent aucun choix sauf de désherber les anciens documents. Les livres numériques ou électroniques sont bien parmi les inventions qui sont sortis de ces nouvelles technologies dans le monde des bibliothèques. Un seul livre numérique peut conserver plusieurs et plusieurs documents papier, et donc même pas la peine de désherber ces documents ou au moine avoir une copie électronique après le désherbage de ces documents papiers.

Les bibliothèques ont bien accueillis le format numérique des documents vu les avantages qui possèdent pour la conservation, le surpeuplement des livres dans les étagères et aussi pour faciliter la transportation de ces documents soit par les bibliothèques ou par les usagers. Certaines bibliothèques ont bien réussis de mettre en place ce type de document dans leurs bibliothèques, mais d’autres trouvent toujours des difficultés à le mettre en place.

En outre, si les bibliothèques municipales accueils cette nouvelle tendance vu les différents atouts qui possèdent pour le bon fonctionnement de leurs structures, est-ce que les usagers qui ont toujours pris l’habitude de travailler avec des documents papiers peuvent passer au bonne usage des formats numériques des documents ? Et est-ce qu’on peut dire aussi que le format numérique des documents peuvent remplacer définitivement les documents papier ou il restera toujours comme un complémentaire du livre papier ?

En France, il y a un vrai retard dans l’utilisation des livres électroniques dans les bibliothèques municipales par les usagers, et ça revient à plusieurs facteurs qui freinent le développement de ce format de document et rende le livre numérique de moine au moine utilisable par le public. Pourtant ce n’ai pas un problème d’équipement auprès des usagers. « Près d’un Français sur deux (49%) est équipé d’un smartphone en 2015, contre 46% en 2014, et trois personnes sur dix disposent d’une tablette tactile (34%), contre 29% en 2014, d’après une étude publiée en février par GfK. Il faut ajouter à cela les 350.000 liseuses vendues en 2014 (comme le Kobo de la Fnac ou le Kindle d’Amazon), ce qui représente selon GfK un parc installé de 950.000 liseuses à fin 2014, soit 3,4% des foyers ». Et donc à partir de ces statistiques on remarque que la plus part des français utilisent les supports qui fonctionnent pour la lecture des livres numériques mais pour d’autres fonctionnalités que la lecture.

Au niveau des usagers, la population française compterait environ 15 % de lecteurs des livres numériques dans les bibliothèques municipales, un chiffre à ne pas négliger vu qu’il y a une part de croissance significative puisque le même baromètre n’en recensait que 5% en 2012. A l’opposé les Français sont encore d’un chiffre de 78% à ne pas envisager de lire des livres numériques, et ça représente la part la plus grande du peuple français qui néglige ce format de livre, et qui n’essaye même pas de pensés à l’utiliser. A noter aussi qu’une autre enquête, plus récente, menée en juin 2014 par l’Hadopi (Haute autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet), situe la proportion des lecteurs numériques à niveau légèrement inférieur (11%). Le panel était composé de 3000 personnes de 15 et plus.

Parlant maintenant de l’offre proposée par les bibliothèques municipale en France qui traine toujours dans un niveau insuffisant par rapport à d’autre pays. Dans les derniers statistiques faites en 2013-2014, 23% des bibliothèques municipales en France qui proposent des ressources numériques, et parmi ces 23%, y a que 48 % qui proposent des livres numériques. Ce faible chiffre revient à une négligence terrible par rapport aux bibliothèques municipales qui proposent des budgets insuffisants pour l’achat de ces livres, et cela frein l’utilisation de ce genre de format soit par le public qui l’utilise déjà ou le public qui envisage de l’utilisés, vu que dans ces recherches ils ne trouvent pas toujours les différents ressources souhaiter.

Le projet PNB « prêt numériques en bibliothèques » vient pour faciliter l’utilisation du livre numérique par les usagers en s’associent une ou plusieurs bibliothèques avec des libraires partenaires pour proposer une sélection de livres numériques, qu’elles peuvent acheter et intégrer à leurs collections. Il a pour but aussi de mettre le livre numérique prêtable gratuitement à tout usager, dès lors qu’il est inscrit à la bibliothèque, et cela peut jouer un rôle important dans le cadre de supprimer l’obstacle des prix qui frein plusieurs usagers et encourage le public à lire de plus en plus des livres numériques vu qu’ils seront disponible gratuitement.

A partir de ce qu’on a vu avant, en peut conclure que la lecture du livre électronique dans les bibliothèques municipales en France et très faible par rapport à d’autres pays dans le monde, soit des pays voisins (Espagne, Allemagne, Italie) ou d’autres pays très développer dans ce domaine (Etats-Unis, Canada). Et donc à partir de cela, est-ce qu’on peut dire que les ressources insuffisantes proposées par les bibliothèques municipales sont eux qui frein la lecture ? Ou la faible utilisation du livre numérique par les usagers qui frein les bibliothèques de dépensés ces ressources monétaires dans l’achat de ce format de livre ?

Si on voyage à l’autre côté du monde, les bibliothèques municipales en Amérique du nord est de loin les bibliothèques les plus avancés en termes de développement du prêt de livre numériques. Notamment lié au développement précoce d’une plate-forme numérique (Overdrive) puis au développement d’un parc de liseuses (en partie grâce à Amazone).

En termes de chiffre, 82% des bibliothèques américaines offraient à leurs utilisateurs un service gratuit de prêt de livres numérique, ce qui montre le haut niveau de pénétration de ce service dans les bibliothèques américains. Cette forte augmentation de développement de ce service pousse le public d’utilisé de plus en plus des livres numériques, et cela était constaté par 66% des bibliothèques américains qui disent avoir remarqué une forte augmentation des demandes dans cette matière.

A partir de ces chiffres, on remarque qu’il y a une interaction positive entre les usagers et les bibliothèques, vu que le développement de ce service par les bibliothèques à augmenter le nombre des lecteurs des livres numériques, et ça explique que le frein principal de la lecture auprès des usagers est la faiblesse des offres.

Ce qui produit cette forte lecture des livres numériques c’est l’adhérassions de la moitié du peuple américains à des bibliothèques publiques, 58% de plus de 16 ans disposent d’une carte d’adhérent, ce qui implique leurs dispositions de tous les ressources numériques proposés par les bibliothèques, ce qui leurs poussent à lire ce format de livre.

Enfin et de manière générale, on peut constater que le livre numérique n’était pas très accueillis par certains usagers vu leurs habitude avec le support papier, et donc le passage d’un support papier à un support numérique et une action quasi-impossible pour eux. En outre, on remarque qu’il y a un grand développement dans les services du prêt des livres numériques dans les bibliothèques d’Amérique du nord par rapport à celle du France ce qui produit une grande différence de lecture de livre numérique entre les lecteurs des deux pays. Et donc en peut conclure à la fin que la présence de l’offre produit l’augmentation de lecture.

 

Razzouq AMZIL

Master 1 PBD, ENSSIB

Bibliographie :

  • Soual, Laurent. Le livre numérique en bibliothèque : état des lieux et perspectives. Editions du cercle de la librairie, 2015.
  • Pirolli, Fabrice Le livre numérique au présent : pratiques de lecture, de prescription et de médiation. Editions université de Dijon, 2015
  • Bruno, Texier. Prêt d’ebooks en bibliothèque : il y a un vrai retard en France ! Archimag, Avril 2015
  • Laurent, Soual. Bibliothèque : tout savoir sur le projet PNB. Archimag, Octobre 2015
  • Département Recherche, Etudes et Veille (DREV). Etude des perceptions et usages du livre numériques – synthèse des résultats quantitatifs et qualitatifs. Octobre 2014
  • Le ministère de la culture et de la communication, Direction générale des médias et des industries culturelles/ service du livre et de la lecture. Etude sur l’offre commerciale de livres numériques à destination des bibliothèques de la lecture publique. Rapport final Mars 2013
  • Laura Girmscheid and Barbara Genco. Survey of Ebook usage in U.S public libraries. Edition Research : LIBRARYJOURNAL / School Library Journal. Septembre 2015

Sitographie :

Publié dans Non classé | Laisser un commentaire

Secteur du livre et démocratie : le rôle politique des soutiens publics en France et en Belgique

Le financement de la chaîne du livre par les pouvoirs publics dépendent des politiques culturelles de chaque pays. Nous verrons dans cet article que l’implication des gouvernements dans le secteur du livre et de la culture reflète des politiques culturelles différentes, encore en construction ou actuellement critiquées. Il s’agira de partir du secteur du livre et des législations qui lui sont propres pour chaque pays et de voir comment le rôle politique des pouvoirs publics illustre un accès à la démocratie.

Législations

En France, la promotion et la valorisation de la culture ont une place privilégiée dans les esprits des citoyens et des politiciens. Pour protéger la filière du livre, la loi Lang de 1981 sur le prix unique du livre démontre la volonté du gouvernement de soutenir la chaîne du livre ; cette loi limite en effet la concurrence sur le prix de vente du livre neuf, et stipule que le prix de vente fixé par l’éditeur soit le même pour les distributeurs, avec un rabais possible de 5% du prix de vente au consommateur. En ce qui concerne les bibliothèques et les collectivités territoriales, c’est la loi du 18 juin 2003 adoptée par le Parlement qui régit le droit de prêt, et qui accorde un rabais de 9% des distributeurs aux consommateurs. Tous les distributeurs sont donc sur un même pied d’égalité. Cette notion de prix unique du livre est donc bien ancrée dans la culture française. En revanche, en Belgique, cette question a été un sujet de débat, puisque Tanguy Habrand (Le prix fixe du livre en Belgique, 2007) soulève ce qu’il appelle le « paradigme de l’exception culturelle », confrontation entre la volonté économique de marchandisation de l’objet culturel et le devoir de transmission des savoirs par le livre. Ce débat questionne également la France.

Les flamands ne sont pas particulièrement en faveur du prix unique du livre, mais ils observent avec crainte l’exemple de l’Angleterre qui a aboli la loi sur le prix fixe en 1995 et qui a vu ses librairies indépendantes disparaître au profit des grandes chaînes, puis d’Amazon. La Belgique suit la règlementation du « prix conseillé du livre », mais aucune véritable législation n’a été mise en place. Le prix du livre en Flandre est totalement libre, suite à une décision de la Commission européenne en 1984. La réglementation du prix du livre n’est pas une préoccupation fédérale, puisque la Belgique est linguistiquement divisée entre la Flandre (à majorité néerlandophone) et la Wallonie (à majorité francophone). La réflexion est aujourd’hui en cours pour la Communauté Française de Belgique, qui souhaite s’inspirer de la loi Lang. Mais elle rencontre le problème de la « tabelle » qui est une taxe de 10% à 15% sur les importations de livres français, et 70% des importations de livre en Belgique sont françaises. Cette tabelle se justifiait lorsque le taux de change entre le franc français et le franc belge était encore contrasté, mais aujourd’hui, cela n’a plus de sens après le passage à l’euro. La régulation du prix du livre permettrait l’abolition du discount sauvage, une plus vaste richesse culturelle et le renouvellement des librairies indépendantes.

Ainsi, le secteur du livre est éminemment politique, puisqu’il fait l’objet d’une loi en France, et d’un débat en Belgique. Le secteur du livre engendre des relations internationales, et des débats internationaux ; on devine donc qu’il est lié aux politiques culturelles de chaque pays.

Les politiques culturelles comme mouvement citoyen ?

Dans son chapitre La politique culturelle en débat (2012), Philippe Poirrier traite du sens de la politique culturelle depuis une cinquantaine d’années, qu’il propose sous la forme d’un débat politique et intellectuel. L’on peut alors se demander si ce sont deux entités en confrontation. Dans les années 80, François Mitterand et Jack Lang souhaitent démocratiser le champ culturel, et concrétiser le droit à la culture, considéré comme une « défaite de la pensée » par Alain Finkielkraut. Cette revendication date de 1959 avec l’entrée d’André Malraux au Ministère des Affaires culturelles, et ayant pour missions de « rendre accessibles les œuvres capitales de l’humanité » et « d’assurer la plus vaste audience à notre patrimoine culturel, et de favoriser la création des œuvres d’art et de l’esprit qui l’enrichissent ». Cela introduit donc une véritable revendication démocratique en faveur de la culture. Le débat de ce chapitre est aussi intellectuel : la politique culturelle est-elle un « loisirs de masse » et un « produit de consommation » ? La bureaucratie culturelle s’empare du domaine de la culture pour en faire un objet grossier, une culture de masse. Et la culture de masse est l’ennemi principal de la démocratie libérale.
Donc au final, est-ce que les soutiens publics (donc la prise en main du secteur culturel par l’Etat) ne seraient-il pas antithétiques avec une volonté citoyenne de démocratisation de la culture ?
« Par-delà la seule action des pouvoirs publics, c’est la légitimité du pluralisme culturel, qui caractérise de plus en plus la société française, qui est pour une large part récusée ». Philippe Poirrier questionne ici la légitimité de la politique culturelle.
Mais en 1995, le gouvernement souhaitait réduire la « fracture sociale », et favoriser l’« épanouissement individuel » . Ainsi, la politique culturelle est légitime en ce que

« Elle doit tendre à donner à chacun la possibilité d’accéder à la plénitude de son état de citoyen (…) Le fondement de la politique publique en faveur de la culture est donc politique, au sens le plus élevé du terme. Le but de la politique culturelle est d’accomplir la République, c’est à dire de donner à chacun, par un accès réellement égal aux œuvres de l’esprit, la possibilité de se former une conscience citoyenne dans sa plénitude ».

RIGAUD Jacques, Pour une refondation de la politique culturelle, Paris, La Documentation française, 1996, p. 50

La France a connu la décentralisation de la politique culturelle avec l’apparition des Directions régionales des affaires culturelles : le pouvoir culturel se décentralise, il devient régional, mais le partenariat antre l’Etat et les collectivités locales est encore important. Il y a donc une volonté de démocratisation de la culture, de pluralisme culturel, mais cela serait une logique néo-libérale de l’Etat, et elle est donc critiquée par les acteurs culturels.

Les politiques culturelles en Belgique viennent de la volonté de construction d’une identité nationale et sociale (Frédéric Young, 2012). La Communauté française de Belgique se questionne sur la « démocratisation et la décentralisation de la culture », en prenant exemple sur la France. Le Pacte culturel de 1973 régit la protection des tendances idéologiques et philosophiques depuis la création des Communautés (flamande, française et germanophone), de peur que les minorités culturelles soient sous-représentées dans chacune des Communautés. On assiste donc à une volonté d’avoir une certaine homogénéisation des politiques culturelles. En 2004, la Ministre de la Culture belge Fadila Laanan établi les « Etats généraux de la culture ». Il s’agit de refonder la politique culturelle selon trois critères : l’émancipation, la diversité et l’accessibilité (Etats Généraux de la Culture, Priorité Culture, 2005). L’identité belge est complexe, et les politiques publiques connaissent plusieurs entraves à la démocratisation culturelle, comme la marchandisation de l’objet culturel par exemple. On en revient à des problématiques communes avec la France.
La demande d’une véritable politique culturelle est encore en vigueur en Belgique. En 2011, les Assises du développement culturel territorial sont mises en place par la Communauté française de Belgique et la Commission communautaire française, avec une volonté de mutualiser les ressources des pouvoirs publics et d’organiser une coopération des acteurs culturels, pour qu’ils pensent ensemble une politique de développement culturel local et régional. Mais Matteo Segers (Scénographe belgo-italien et développeur de projets culturels) dénonçait dans un article de 2012 l’impuissance de cette mesure, qui reste encore incomprise dans l’esprit des citoyens. Il dénonçait également une concentration de soutiens financiers sur certains secteurs, au détriment d’autres moins représentés, et cela annihilerait une identité culturelle en constriction, dont la richesse est justement la diversité.

Ainsi, il est intéressant de constater que le secteur culturel en France est pris en charge par le gouvernement, alors qu’en Belgique il y a une véritable demande de prise en charge de la part des citoyens. L’association Culture et Démocratie (qui réfléchi et échange sur ce qui lie la culture et la démocratie), a adressé une lettre ouverte aux politiciens en 2004 pour une plus grande stabilité en matière de culture. Cela reflète donc un véritable mouvement citoyen pour la culture en Belgique. L’idée que la politique culturelle permet l’émancipation du citoyen est récente en Belgique, puisqu’elle date de l’entrée au Ministère de la Culture de Fadila Laanan en 2005. En France, il semblerait que les décisions en matière de culture soient directement politiques (décentralisation, lecture publique, …). On trouve donc un véritable mouvement citoyen du côté de la Belgique, contre un cadre presque directement politique en France.
De plus, la Belgique connaît un problème d’identité, le pays étant scindé en trois Communautés ; ce que ne connaît pas la France, puisqu’elle revendique une forte identité nationale.

En Belgique, la bande-dessinée représente 60% du marché de l’édition. Il y a une véritable culture populaire de la bande-dessinée qui donne lieu à des aides de la part de la Fédération Wallonie-Bruxelles, sur le même modèle que la CNIL, la BnF et la BPI en France (aides pour les auteurs, éditeurs, traducteurs, événements, bourses), mais spécifiques pour les acteurs de la bande-dessinée. Il est même amusant de constater que le site institutionnel de la culture belge lui propose une rubrique distincte des bibliothèques, de la littérature et des langues :

Secteur Lettres et livres Culture.be


 

En conclusion, les pays étudiés présentent donc différentes politiques en matière de culture. On décèle en effet une politique plutôt populaire en Belgique, avec une difficulté pour les pouvoirs publics de trouver un consensus sur les législations et les politiques culturelles à adopter. Il devient donc nécessaire d’instaurer des mesures en Belgique. Selon Alvaro Garzon (2005), établir une politique nationale du livre doit passer par le respect de l’équilibre des politiques éducatives et culturelles de l’Etat, et le développement industriel du secteur de l’édition. Il s’agit d’établir un dialogue entre tous les acteurs du secteur du livre pour amener à une politique nationale du livre. La formulation de la politique du livre doit donc s’articuler entre les politiques culturelles de l’Etat et le développement économique du secteur industriel de production et de distribution.

En revanche, en France, les mesures sont anciennes, bien ancrées et longtemps défendues, mais l’intérêt de l’Etat pour la chose culturelle semble s’affaiblir. Rôle politique de l’implication de l’Etat dans le secteur du livre est d’ « unir les Français derrière des valeurs et une Histoire commune » (Mathilde Yagoubi, 2011). La critique porte sur le qualitatif : le budget alloué par l’Etat permet l’accroissement des manifestations culturelles, mais les lobbys de la grande distribution en ce qui concerne le marché du livre tend à décrédibiliser l’aspect qualitatif de la production. De plus, la décentralisation amène au développement de la bureaucratie culturelle et à une marchandisation du secteur (autonomie financière des industries culturelles, recherche de ressources propres pour diminuer la part de l’investissement de l’Etat).

Il y a donc confrontation entre le secteur public représenté par l’Etat et les soutiens publics, et le secteur privé que constituent les distributeurs et qui confèrent à la culture une dimension mercantile.

Quoiqu’il en soit, le secteur du livre est un secteur actuellement en mutation, avec le développement du livre numérique. Les questions sur des législations à ce niveau sont nombreuses, aussi bien en France qu’en Belgique, et apportent de nouvelles problématiques pour ces deux pays.

Sarah Guinet

Master 1 PBD

Bibliographie :

  • T. Habrand, Le prix fixe du livre en Belgique, Les impressions nouvelles, 2007
  • P. Poirrier, «La politique culturelle en débat. Introduction» dans Philippe Poirrier (Ed.) La politique culturelle en débat, anthologie 1955-2012, Paris, La Documentation française, 2012, p. 19-40
  • A. Garzon, La politique nationale du livre : un guide pour le travail sur le terrain, La bibliothèque de formation professionnelle, Editions UNESCO, 2005
  • M. Yagoubi, Désengagement de l’Etat et commercialisation du secteur culturel : comment préserver notre patrimoine ?, Editions universitaires européennes, 2011
  • F. Young, Un bilan des politiques culturelles en Belgique, Présence et Action Culturelles, Analyse, 2010/22

Sitographie :

Publié dans Non classé | Laisser un commentaire

La mise en espace et la médiation du livre numérique en bibliothèque municipale : comparaison France-Amérique du nord

Aujourd’hui les bibliothèques de lecture publiques interviennent sur un territoire à la fois physique et numérique. De plus en plus de bibliothèques municipales mettent à disposition de leurs usagers  des ressources numériques comme des tablettes, des liseuses  ou des  livres numériques. En outre, la mise en valeur de ces nouveaux contenus et services doit être pensée de manière à ce que chaque action de médiation touche à la fois l’objet « livre numérique » et le texte dématérialisé. Cependant, le rôle de la bibliothèque n’est pas tant de faire la promotion de l’objet « livre numérique »  que du texte qu’il contient. La difficulté du bibliothécaire est donc de faire la promotion d’un objet hybride. Dans ce contexte, comment valoriser le livre numérique dans les espaces et  faire de la médiation ? Lire la suite

Publié dans Non classé | Laisser un commentaire