Soutiens publics à la chaîne du livre en Suisse

La Suisse se trouve dans une situation linguistique particulière qui se révèle être un problème important pour les besoin de la chaîne du livre du pays. Du fait de la multitude de langues pratiquées sur son territoire, il est nécessaire de penser la chaîne du livre Suisse en tenant compte des principaux acteurs de cette même chaîne, dans les pays voisins, qui sont des acteurs majeurs des marchés culturels concernés. Ainsi l’écrivain romand qui est édité en Suisse entre en concurrence avec des écrivains édités par de grandes maisons d’éditions parisiennes et ne peut souvent pas faire face.

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Source: Wikipédia, wikimedia. CCL.

Afin de pouvoir préserver l’atout du multi-culturalisme et du plurilinguisme, les acteurs de la chaîne du livre Suisse doivent s’adapter à des marchés économiques aux structures profondément différentes puisque impactées par d’autres acteurs que la Suisse. On constate dans la pratique qu’aujourd’hui ce multi-culturalisme est mis en danger par la constante montée du prix du livre.

Face à ce problème de nombreux acteurs de la chaîne du livre se sont mobilisés pour l’application d’une réglementation du prix du livre en Suisse. Il s’agirait d’une forme de soutien public qui apparaît nécessaire pour la préservation du multi-culturalisme et le maintient en bonne santé de la chaîne du livre.

Aujourd’hui un problème se pose pour l’ensemble des maillons de la chaîne du livre Suisse et notamment pour ses acteurs romands. En effet depuis les années 2000 l’on constate en Suisse une diminution constante du nombre d’éditeurs romands, le nombre de maisons d’éditions passe de 145 en 2001 à 123 en 2005. Plusieurs facteurs sont en cause. L’un d’entre eux est le fait que les librairies Suisse préfèrent aujourd’hui se tourner vers des auteurs à succès, et donc bien souvent édités par des maisons d’éditions parisiennes plutôt que vers des auteurs de petites maisons d’éditions romande.

Le constat est en effet le même pour les libraires, face à la guerre des prix, les librairies ne peuvent de fait pas soutenir la production locale. De là vient la nécessité d’un soutien public et de subventions pour permettre aux librairies Suisse de diffuser les écrivains locaux et notamment romands.

Dés lors, dans une telle situation les auteurs romands n’ont que peu de possibilités. »Sans éditeur parisien, point de salut », les auteurs se tournent alors vers des maisons d’éditions plus importantes et s’exportent hors de Suisse. Si d’une part les chances de succès d’un auteur sont alors maigres, il s’agit surtout de considérer la perte que représente ces exportations pour le patrimoine culturel Suisse, la préservation du multi-culturalisme et sa diffusion auprès des lecteurs.

Au delà d’être une valeur soutenus par de nombreux acteurs de la chaîne du livre, le multi-culturalisme fait partie des engagements pris par la Suisse dans son engagement et son rayonnement européen. Cela concerne notamment la promotion du plurilinguisme au sein de la fédération.

Pour répondre à cette exigence, les différents acteurs de la chaîne du livre sont appelés à travailler ensemble. Un écrivain romand, soutenu par un éditeur romand qui lui même pourra écouler son ouvrage dans des librairies suisses.

Mais différents constats s’imposent, tout d’abord depuis 2001 le nombre de maisons d’éditions suisse est en baisse et le Chiffres d’Affaire annuel de l’ensemble de la filière tend aussi à s’éroder. Il en va de même pour le nombre de libraires qui n’a cessé de s’amenuir. Enfin, pour ce qui est de la Suisse romande, depuis que l’entente sur les prix de 1993 a cessé d’être appliquée le prix du livre n’a fait qu’augmenter.[1]

Il apparaît donc évident que les différents acteurs de la chaîne du livre Suisse ne peuvent satisfaire à une quelconque exigence de multi-culturalisme, de plurilinguisme voire simplement de diversité culturelle, face aux conditions économiques actuelles.

Si différentes aides et subventions sont mis en places par des organismes tels que l’Office Fédérale de la Culture, elles apparaissent comme insuffisante pour la plupart des acteurs. Et de nombreuses associations de professionnels font part de leur pessimisme quant à l’avenir de la chaîne du livre suisse.

Une cause importante pour les professionnels du livre, qu’ils soient bibliothécaires, libraires ou éditeurs fut notamment la réglementation du prix du livre. Si une telle réglementation existe en France, ce n’est pas le cas de la Suisse, particulièrement de la Suisse romande qui depuis 1993 considère le livre comme un produit de consommation comme un autre et laisse ce marché à la libre concurrence.

Une telle réglementation des prix permettraient en effet de sauvegarder cette chaîne du livre, et laisserait aux professionnels la possibilité de valoriser les différents auteurs locaux. Cette réglementation des prix du livre peut être perçue comme un frein à la liberté du marché économique que représente la littérature et l’objet livre, et dans le même sens un frein à l’essor créatif suisse. Cependant il s’agirait de reconnaître la particularité que représente le livre en tant que produit culturel qui ne répond pas aux même règles économiques que d’autres produits. Il n’y a par exemple pas un livre qui puisse remplacer un autre livre. Et la consommation de l’un ne se substitue pas à la consommation de l’autre. Au contraire, pour ce qui est du livre, il s’avère que la lecture de livre pousse à d’avantage de lecture. Ainsi, assurer une plus grande diversité sur ce marché ne constitue pas une nuisance mais bien un soutien à l’épanouissement d’une économie saine.

A travers la mise en place d’une réglementation des prix, il s’agit de protéger la chaîne du livre dans son ensemble. En effet, en offrant ce cadre aux professionnels du livres, les libraires peuvent miser sur la diffusion de produits diversifiés et locaux, notamment romand dans le cas qui nous intéresse. Ils accueillent dès lors d’avantages d’auteurs Suisse sur leurs rayons, auteurs qui eux-même trouvent d’avantage de lieux de diffusion. Les éditeurs suisse quant à eux peuvent à leur tour éditer des auteurs Suisse en ayant l’assurance de pouvoir écouler leur stock en coopérations avec les libraires du pays. Les lecteurs ont pour leur part accès à un choix plus vaste d’œuvres, et jouissent de la diversité culturelle de la Suisse à un prix modéré.

D’autre part, cet acte de protectionnisme économique à l’avantage de ne pas avoir de coût particulier, puisqu’il s’agit d’une simple réglementation des prix. Une telle réglementation serait une solution des plus intéressante dans la mesure ou elle constitue un véritable soutien public apporté à la chaîne du livre en Suisse, et ce sans pour autant représenter un investissement financier de taille.

La chaîne du livre en suisse est aujourd’hui en proie à de nombreux problèmes, l’offre culturelle à ce niveau a tendance à souffrir de la situation économique des dernières années. Pour assurer la pérennité et le développement des différents acteurs de cette chaîne, ainsi que pour remplir les missions de diversité et de préservation des identités culturelles et linguistique, des mesures de la part de la Fédération Suisse semblent nécessaire pour une large part des professionnels, notamment romands, qui comptent parmi les plus en danger. La mesure qui semblerait convenir à ces professionnels serait une réglementation du prix du livre. Les débats sur le sujet ont été houleux ces dernières années en Suisse, et si pour l’instant aucune loi n’est appliquée, une forte mobilisation a pu être observée.

Sitographie :

DUBOSSON Françoise et DIACON Christiane, « Le paysage éditorial en Suisse romande : état des lieux et perspectives », Industries culturelles et créatives. Janvier 2014

http://www.ageneve.net/diaconchristine/wp-content/uploads/sites/91/2013/08/ICC2014_edition_cdiacon-copie.pdf

VANDENBERGHE Pascal, « Renforcer les maillons de la chaîne du livre, de l’auteur au lecteur »[en ligne], Le Temps. Mis en ligne le 23/09/2015 sur http://www.letemps.ch/opinions/2015/09/23/renforcer-maillons-chaine-livre-auteur-lecteur.

Association Suisse des Diffuseurs, Editeurs et Libraires, « Loi Sur le prix réglementé du Livre »[ en ligne]. Avril 2009-Mars 2012. http://www.asdel.ch/pag.php?IDpage=107&IDcat=11

Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles. Paris, le 20 octobre 2015. http://unesdoc.unesco.org/images/0014/001429/142919f.pdf

Office Fédéral de la Culture, « Charte européenne des langues régionales ou minoritaires : rapport de la Suisse »[en ligne] 11/12/2015 https://www.news.admin.ch/message/index.html?lang=fr&msg-id=59922

GARCIA NICOLAS – Master 1 Politique des bibliothèques et de la documentation.

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