La mise en espace et la médiation du livre numérique en bibliothèque municipale : comparaison France-Amérique du nord

Aujourd’hui les bibliothèques de lecture publiques interviennent sur un territoire à la fois physique et numérique. De plus en plus de bibliothèques municipales mettent à disposition de leurs usagers  des ressources numériques comme des tablettes, des liseuses  ou des  livres numériques. En outre, la mise en valeur de ces nouveaux contenus et services doit être pensée de manière à ce que chaque action de médiation touche à la fois l’objet « livre numérique » et le texte dématérialisé. Cependant, le rôle de la bibliothèque n’est pas tant de faire la promotion de l’objet « livre numérique »  que du texte qu’il contient. La difficulté du bibliothécaire est donc de faire la promotion d’un objet hybride. Dans ce contexte, comment valoriser le livre numérique dans les espaces et  faire de la médiation ?

Le caractère immatériel du livre numérique le fait souffrir d’un manque de visibilité et le prive par conséquent d’un lectorat qui pourrait être beaucoup plus important. Le rôle des bibliothécaires est donc d’innover et de trouver des moyens de mettre en lumière ces nouveaux types de documents. En France, on compte de nombreuses initiatives dans les bibliothèques universitaires. Les bibliothèques municipales ont quand a elles accumulé un retard certain et le livre numérique a longtemps été accusé de ne pas trouver son public dans les bibliothèques pour des raisons de difficultés techniques, faiblesse des offres ou encore l’insuffisance de l’équipement personnel des usagers en liseuses et en tablettes. Aujourd’hui, trois principaux freins sont mentionnés par les bibliothécaires : premièrement, le budget. Les frais à engager sont perçus comme le principal frein au développement de ressources numériques, dont le modèle économique complexe est souvent inadapté aux bibliothèques.  Le deuxième frein le plus cité est l’obsolescence du portail de la médiathèque. Enfin, troisièmement,  le manque de moyens humains, c’est-à-dire de  de personnels formés à ces nouvelles ressources, de leur acquisition à leur médiation.

On remarque que l’ouverture d’une nouvelle bibliothèque ou la modernisation d’un équipement déjà existant constituent souvent le moment opportun pour le développement de l’offre numérique de la bibliothèque. On peut prendre pour exemple la médiathèque de Grenoble (ouverte en septembre 2014) qui propose des collections numériques via son site internet. Ainsi, en naviguant sur le portail de sa bibliothèque, l’usager prend connaissance de l’offre numérique disponible et fait sa sélection à distance. Ce système correspond aux nouveaux usages de consommation, c’est-à-dire, avoir l’information a porté de main et en un clic. Cependant, cela pose un réel problème pour les usagers qui ne sont pas familiers de l’utilisation des portails de bibliothèque. Comment peuvent-ils avoir connaissance de cette offre ? Parmi les dispositifs de médiation développés pour favoriser l’usage des ressources numériques, de nombreux bibliothécaires soulignent l’importance d’un accompagnement humain, au sein même de la bibliothèque. La valorisation de ces ressources peut également s’exercer au travers d’ateliers de découverte proposés au public. En plus de cet accompagnement sur place, les dispositifs de médiation comportent souvent la mise en ligne d’informations pratiques et de tutoriaux sur le site de la bibliothèque. Il est également primordial de développer une véritable stratégie de communication autour de ces nouvelles ressources par le biais de flyers, de brochures de présentation de l’offre de la bibliothèque, d’annonces dans la presse locale, de diffusion d’une lettre d’information, ou encore de communication en ligne sur le site de la bibliothèque et les réseaux sociaux qu’elle utilise.

On comprend donc l’importance de la signalisation  des collections numériques non seulement sur le site web de la bibliothèque mais également entre les murs de l’établissement afin de créer une passerelle entre l’objet numérique et l’objet physique. Sur ce point, les bibliothèques nord-américaines ont menées de nombreuses expérimentations.

En effet, le contenu du livre numérique n’étant pas physiquement présent à la bibliothèque, il est important de le valoriser et le rendre visible aux yeux des lecteurs afin que ceux-ci prennent connaissance de son existence. Ainsi, la bibliothèque publique de Sacramento en Californie a créé des fantômes et les a placés dans ses rayonnages de manière à matérialiser physiquement les documents numériques dans l’espace de la bibliothèque.

Fantômes pour e-book de la bibliothèque publique de Sacramento (Melissa Marin, 2013)

Fantômes pour e-book de la bibliothèque publique de Sacramento (Melissa Marin, 2013)

Ce procédé fait sens car il rentre dans les pratiques des usagers. Ceux-ci pratiquent encore majoritairement la recherche aléatoire dans les rayonnages de la bibliothèque. Par ailleurs, l’équipe de la bibliothèque de Sacramento a enregistré une hausse significative de  la consultation et de l’emprunt d’ebook suite à cette action. Sur le même principe, de nombreuses bibliothèques mettent en place des QRcode, permettant de signaler une version numérique d’un document papier. Certaines bibliothèques canadiennes ont repris l’idée des « Bookcubes » de l’artiste et éditeur anglais James Bridle.

Bookcubes élaborés par James Briddle

Bookcubes élaborés par James Bridle

Ces cubes en carton ont pour objectif  de « matérialiser nos lectures à la manière de livre papier afin d’en faire des aides mémoire et des quantifiant visuels ». Si le projet de départ est avant tout artistique, il est utilisé pour matérialiser les documents numériques sur les tables thématiques et les présentoirs.

Enfin, au-delà de la matérialisation dans l’espace des livres numérique, il est nécessaire d’articuler la médiation et donc par conséquent les animations de la bibliothèque autour du livre numérique. On voit donc émerger des initiatives comme celle du réseau de bibliothèques de la ville de Montréal qui a mis en place des ateliers d’écriture et de publication numérique. Ainsi, outre-Atlantique des clubs de lecture numérique ont été créés. Ils sont réservés à ceux que l’on désigne maintenant sous le nom de « eReaders ». Mais ces innovations ne concernent pas que les lecteurs adultes, beaucoup de bibliothécaires jeunesse ont profité de l’interactivité des tablettes pour proposer des heures du conte numérique. Celles-ci rencontrent en général un grand succès. Cependant, il est important d’intégrer ces nouveaux supports et donc cette médiation à des dispositifs touchant tous les publics. En France, certaines bibliothèque ont mis en place l’opération « révise ton bac à la bibliothèque ». Grâce à un dispositif d’offre documentaire papier ou numérique et de services alliant des tablettes thématiques et la mise à disposition du wifi dans la bibliothèque, ces opérations amenaient une vraie valeur ajoutée à la simple mise à disposition des collections. En effet, les bibliothécaires avaient travaillés en amont sur les tablettes thématiques ainsi que sur les documents numériques. Car si  le numérique en tant que document a totalement sa place en bibliothèque, le professionnel doit également trouver sa place face à ce nouvel outil.

Lors d’enquêtes réalisées auprès de professionnels, nombreux sont ceux qui mettent en avant le rôle central joué par le bibliothécaire en matière de médiation des ressources numériques. Il apparaît donc essentiel de proposer des formations au personnel des bibliothèques. Cette volonté de se former témoigne d’une prise de conscience par les bibliothécaires  de l’évolution de leurs pratiques autour de l’offre numérique proposées dans leurs structures. De plus, il ne s’agit plus de proposer des liseuses et des tablettes de manière brute et sans aucun accompagnement. Le bibliothécaire, dans son rôle de « passeur » doit lui aussi être acteur du contenu numérique qu’il propose. Or c’est évidement en maîtrisant les codes d’utilisation de la lecture numérique que le bibliothécaire sera en mesure de devenir un prescripteur. Il ne s’agira plus pour les professionnels de « subir » les bouquets de livres numériques imposés par les éditeurs mais via des processus de médiation et de valorisation des collections, de faire des sélections argumentés et pertinentes de documents.

Les solutions et les innovations pour rendre visible le livre numérique sont nombreuses, les exemples d’expériences à travers différents pays sont très riches, et les outils pour les mettre en place sont variés. Mais le plus important concernant le livre numérique, est que le personnel de la bibliothèque en soit le vecteur, le lecteur, et par conséquent le médiateur. Cela nous amène à dire qu’avant  même la mise en place d’une médiation efficace il est donc nécessaire de développer un plan de formation pour les bibliothécaires eux-mêmes car le livre numérique en bibliothèque est à la fois un fonds et un service avec de nombreuses animations qui y sont attachées.

Océane Chauvet

Master 1 PBD

Bibliographie

  • Soual, Laurent. Le livre numérique en bibliothèque : état des lieux et perspectives. Editions du cercle de la librairie, 2015.119p
  • Texier, Bruno.Dossier : les débuts difficiles du livre numérique en bibliothèque. Archimag, 2015, n°283, P 13-21.

Sitographie

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