Entre France et Etats-Unis, l’usager au coeur de l’expérience e-books en bibliothèques universitaires

           Les bibliothèques universitaires de France et des Etats-Unis n’ont pas échappé dans les années 2000 à l’arrivée du e-book dans leurs collections. En 2012, toutes les bibliothèques françaises de l’enseignement supérieures possèdent une collection numérique plus ou moins développée et l’offre d’ebooks en bibliothèques universitaires aux Etats Unis atteint les 252.6 millions. Néanmoins, le terme « e-book » reste encore ambigu. Doit-on considéré comme tel un livre homotétique ou se réstreindre aux ouvrages conçus et édités uniquement pour une lecture numérique? Nous l’utiliserons, dans notre réflexion, pour désigner les livres numérisés et numériques.

Ainsi, les usagers, comme les bibliothécaires, ont du se familiariser avec ce nouvel outil de recherches et de diffusion de l’information. Nous nous demanderons donc quels sont les usages et l’impact des e-books sur le public des bibliothèques universitaires en France et aux Etats-Unis.

Bilan statistique de l’utilisation des e-books en bibliothèques universitaires

          Établir un bilan statistique des habitudes d’usages des e-books en BU n’est pas aisé. En France, il existe peu d’enquêtes de satisfaction et de retours sur expériences. En effet, de nombreux établissements mettent en évidence un manque de recul sur ces pratiques étant donné l’évolution récente du fonds et de sa mise en valeur. D’autre part, les structures françaises et américaines pointent toutes deux des problèmes d’accès aux données statistiques liés aux dispositifs techniques. Aux Etats-Unis, de nombreuses bibliothèques universitaires expriment des difficultés à différencier les statistiques présentant le nombre de pages consultées de celles liées à l’accès direct aux documents ou aux sessions de lecture en ligne par usager. En France, certains établissements, tels que l’Université d’Orléans, mettent en lumière les problématiques liées à l’utilisation d’un proxy ne matérialisant qu’un seul et unique usager faussant ainsi l’ensemble des données statistiques, seuls les prêts en cours étant visibles.
Enfin, il est difficile d’établir un bilan universel tant les expériences liées à ce nouveau média sont multiples et différentes. Néanmoins, on peut dégager quelques grandes tendances. Les données que nous avons utilisé pour ce bilan ont été recueillies par Couperin (2009) et par le Library Journal (2012).

Profils d’usagers

        On peut définir un certain profil d’utilisateur d’e-books en bibliothèque universitaire. Aux Etats-Unis, ils sont avant tout empruntés par des étudiants « graduate » (équivalent d’un niveau Master ou Doctorat en France). Les élèves au niveau « undergraduate » (proche des formations du premier cycle en France : DUT, BTS et Licence) arrivent en seconde position contrairement à leurs homologues français qui restent les plus grands consommateurs d’e-books car privilégiés par les bibliothèques universitaires. Ainsi, les périodiques électroniques s’adressent plus aux étudiants des cycles supérieurs ou aux chercheurs.
Dans les deux pays, les e-books sont majoritairement utilisés dans le domaine des sciences dures (chimie, physique, médecine) en corrélation avec l’offre proposée par les structures.

Usages et supports

          Aux Etats-Unis, les ordinateurs, personnels ou mis à disposition par la bibliothèque, sont les supports les plus utilisés par les étudiants et les universitaires pour consulter des e-books. Le format PDF apparaît comme le plus apprécié suivi par l’epub et les formats dédiés aux appareils mobiles. En effet, l’offre de tablettes se développe très nettement et pourrait remplacer l’ordinateur comme support privilégié par les usagers de l’enseignement supérieur américain. Leur intégration dans les bibliothèques universitaires françaises reste, au contraire, en projet ou marginale comme à Toulon ou à Angers, par exemple. Ce support est favorisé par les établissements de lecture public. Ainsi, la consultation d’e-books s’effectue majoritairement via la bibliothèque numérique. En effet, cette dernière permet d’épouser les habitudes de recherches de l’usager qui jongle d’un support à l’autre. La distinction entre e-book, revue électronique et bases de données n’a que peu d’importance à ses yeux tant qu’il trouve l’information qui l’intéresse. Les étudiants et les chercheurs effectuent une consultation rapide et ponctuelle des e-books où ils ciblent des mots clés précis, palliant ainsi un manque d’index dans certains ouvrages. Les pages les plus utilisées sont celles qui définissent ou synthétisent un sujet. Ainsi, les utilisateurs d’e-books redivisent le livre en « tranches » successives afin de saisir plus facilement l’information (concept du « slice’n’dice ») et laisse de côté la lecture du texte intégral, réservée à la littérature.

Les atouts du e-book pour un public universitaire

     Les utilisateurs français et américains soulignent les avantages des e-books de manière similaire. Ils mettent en avant l’intérêt des fonctionnalités uniquement disponibles numériquement tels que le zoom, la recherche dans le texte, l’ajout de commentaires dans les pages, la possibilité de surligner, le copier-coller ou l’accès à un dictionnaire intégré. Néanmoins, ces deux dernières fonctions font l’objet de certaines critiques. D’une part, le copier-coller encourage un manque de réflexion personnelle. D’autre part, les définitions apportées par le dictionnaire intégré se révèlent généralement décontextualisées et donc susceptibles d’être mal interprétées par l’élève. Elles peuvent donc générer de nombreux contre-sens.

Par ailleurs, les étudiants travaillent beaucoup en réseau. Le caractère numérique des e-books permet de faciliter l’échange d’informations et de les intégrer plus rapidement dans une bibliographie grâce à Zotero ou Mendeley. De plus, l’accès à d’autres contenus grâces aux liens hypertextes présents en note de bas de page ou dans les ressources documentaires permet également un croisement et une multiplication des sources d’informations.

L’accessibilité des e-books est l’un de ses points forts. Consulter immédiatement un ouvrage où l’on veut quand on veut, à condition de posséder une connexion internet, permet un gain de temps non négligeable très apprécié notamment par les chercheurs et les étudiants partis à l’étranger. Les déplacements sont réduits, tout comme les minutes, voire les heures, d’attente d’un ouvrage en prêt indirect. Le temps de recherche physique d’un livre dans la bibliothèque n’est plus un obstacle et les problèmes de gestion d’exemplaires non disponibles, notamment lorsqu’il s’agit d’un ouvrage de référence, ne se posent plus. Les e-books apportent ainsi une meilleure mobilité et un gain de place. Enfin, la consultation en ligne et les e-books chrono-dégradables permettent aux usagers de ne plus s’inquiéter du retard des ouvrages et des sanctions qui en découlent.

Comment améliorer et développer l’usage des e-books en bibliothèques universitaires ?

      En France comme aux Etats-Unis, certaines caractéristiques du e-book et des plateformes sur lesquelles il est proposé représentent un frein pour les usagers. Ces derniers mettent, tout d’abord, en évidence des problèmes techniques. En effet, le temps de chargement peut être excessif pour au final ne présenter aucun résultat et les formats proposés ne sont pas toujours compatibles avec les tablettes ou les téléphones portables. De plus, les DRM (Digital Rights Management) se révèlent souvent très offensifs notamment lorsqu’un usager souhaite imprimer une partie du e-book qu’il consulte. Dans cette même idée, les étudiants souhaiteraient une plus grande possibilité de téléchargements pour une consultation hors-ligne.

Par ailleurs, les plateformes sont largement remises en question. Jugées peu ergonomiques, elles conservent un aspect encore trop labyrinthique pour les usagers. Elles sont, de plus, très hétérogènes et leur utilisation demande un certain temps d’adaptation. Ainsi, de nombreux utilisateurs n’ont pas connaissance des collections d’ebooks proposées en bibliothèques universitaires. Une meilleure communication, lors de cours magistraux notamment, permettrait de mettre en valeur ces fonds sous-exploités.

       Ainsi, l’usage d’e-books en bibliothèques universitaires augmente et s’intègre de plus en plus aux habitudes de recherches des utilisateurs, de manière plus significative aux Etats-Unis qu’en France. S’il offre certains avantages en matière d’accessibilité, de mobilité et de partage d’informations, il reste néanmoins un outil perfectible dont la mise en valeur doit être repensée.

                                                                                                                                     Mathilde Cussac                                                                                                                     Master 1 PBD (2015-2016)                                                                                                                                                        ENSSIB

Ressources documentaires

Articles en ligne

Duval, Marie-Laure, Le livre électronique : quels services pour quelles pratiques ? In : BBF [en ligne], disponible sur : http://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-2011-01-0074-001 (consulté le 10/12/2015)

Ministère de l’éducation nationale, Livre numérique : De quoi parle-t-on ?, In : Portail national eduscol : l’actualité du numérique [en ligne], disponible sur : http://eduscol.education.fr/numerique/dossier/lectures/livrelec/notions/livre-electronique-livre-numerique (consulté le 06/01/2016)

Monographies

Groupement Français de l’Industrie de l’Information. L’ebook dans l’EPUR : le livre numérique dans l’édition universitaire et de recherche [en ligne], 273 p., disponible sur http://www.gfii.fr/uploads/docs/GFII_ebook_EPUR_VF.pdf (consulté le 20/12/2015)

Minčić-Obradović, Ksenija. E-books in Academic Libraries. Oxford : Chandos Publishing, 2011, 203 p.

Price, Kate. Havergal, Virginia. E-books in Libraries : a practical guide. Londres : Facet Publishing, 2011, 327 p.

Rapports

Bruley Caroline, Merrien Delphine. Un panorama des pratiques et des usages des e-books au sein des établissements Couperin. [en ligne] 2009, disponible sur www.couperin.org/blog-de-veille/download/785/627/15 (consulté le 25/11/2015)

Library Journal, School Library Journal, Survey of Ebook Usage in U.S. Academic Libraries. [en ligne] 2012, disponible sur :
http://www.library.arkansas.gov/PublicLibraryServices/Documents/Ebook-Usage-Report-Academic.pdf (consulté le 25/11/2015)

Phan, T., Hardesty, L., Hug, J. Academic Libraries: 2012, U.S. Department of Education.[en ligne] Washington : National Center for Education Statistics, 2014, disponible sur http://nces.ed.gov/pubs2014/2014038.pdf (consulté le 01/12/2015)

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