Les presses universitaires en SHS en France – leurs modèles économiques à l’ère du numérique –

Par Saki HAGIHARA

Les publications des presses universitaires [1] apportent aux universités la visibilité et la valorisation de leurs travaux de recherche, la mission des presses universitaires n’est pas de publier ce qui n’est pas publié ailleurs. Dans le domaine des presses des établissements d’enseignement supérieur, les presses universitaires de Rennes occupent la place la plus importante. Au classement des 200 premiers éditeurs français (tant public que privé), présenté chaque année dans le magazine Livres Hebdo, seules les presses universitaires de Rennes y figurent et sont positionnées au 73e rang en termes de chiffre d’affaires pour 2014 [2]. Concernant le nombre de productions en 2013 [3], les presses universitaires de Rennes ont publié 273 titres, suivies par les presses de Science Po (82 titres), les presses universitaires du Septentrion (63 titres) et les presses universitaires du Mirail-Toulouse (49 titres). Les presses universitaires françaises, à l’exception des Presses universitaires de Rennes, restent donc des éditeurs de dimension modeste. De façon générale, les presses universitaires publient des actes de colloques et journées d’études, et ensuite viennent des ouvrages de synthèse, des ouvrages d’érudition et des thèses [4].

Les presses universitaires d’aujourd’hui sont contraintes à la transition de l’édition papier à l’édition numérique comme la majorité des maisons d’édition. De plus, le développement de l’édition numérique entraîne une réflexion de leurs modèles économiques sans exception pour tous les éditeurs universitaires. Les presses universitaires en sciences humaines et sociales sont en pleine mutation.

Mutation des presses universitaires

Plusieurs éléments comme l’instabilité des ventes des livres papier, la popularité croissante des documents numériques et les initiatives de libre accès menacent les modèles traditionnels d’édition des presses universitaires. Dans ce contexte, les presses universitaires cherchent des modèles qui s’adaptent à leurs lecteurs, elles se concentrent essentiellement sur deux points, l’un prioritaire, est l’édition des revues en ligne, l’autre émergent, est l’édition des livres numériques.

L’édition des revues en ligne

L’édition des revues électroniques par les presses universitaires s’est développée en gardant son modèle économique traditionnel, en majeure partie par vente d’abonnements à des établissements d’enseignement supérieur. Aujourd’hui, on peut trouver dans certaines bibliothèques des établissements d’enseignement supérieur la même revue en version imprimée et en version numérique, le numérique va très probablement devenir le premier support dans le futur. La transition vers le numérique des revues s’est accompagnée de l’arrivée de nouveaux acteurs de la diffusion-distribution, en conséquence de cela, de nouvelles plateformes de diffusion numériques ont vu le jour. Ainsi, les caractéristiques dans le secteur SHS des revues en ligne se distinguent par leurs modalités d’accès : payant et gratuit. En effet, certaines publications provenant du domaine publique (éditeurs institutionnels, musées, instituts de recherches, etc.) sont offertes gratuitement en raison d’une mission de service public et d’une valorisation de la recherche scientifique. De même, les presses universitaires utilisent l’édition en ligne pour leurs revues, uniquement ou parallèlement à l’édition papier. Les revues de certaines presses d’universités, les Presses universitaires de Rennes, les Presses de Science Po, les Presses universitaires de Grenoble etc. sont accessibles sur le site Cairn.info, et les revues des Presses universitaires d’Aix-Marseille et des Éditions de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales sont accessibles sur Revues.org et la plupart d’entre elles sont également disponibles sur Persee.fr.

L’édition des livres numériques

Depuis quelques années, des presses universitaires proposent leurs publications de livres numériques en version payante et de manière minoritaire en version gratuite, deux types d’éditions se distinguent : premièrement des titres vendus individuellement via des vendeurs externes (exemple : Le Comptoir des presses d’universités ) ou directement sur leur site web, et deuxièmement, la vente de collections regroupant plusieurs titres réservée aux institutions. De même que dans le secteur des revues, l’édition des livres numériques par les presses universitaires est en pleine transition du support imprimé au support numérique, mais cette transition semble plus difficile que celle des revues car le marché du livre est plus développé, plus vaste et moins ciblé. De plus, on observe une certaine réticence des lecteurs à lire des travaux volumineux sur un écran. En effet, pour les ouvrages volumineux, les lecteurs ont toujours une préférence pour le format papier, bien que les éditeurs développent tout de même en parallèle le format numérique. Les types de publication les plus répandus parmi les livres numériques sont les actes de colloques et journées d’études, toutefois ceux-ci sont également soumis aux difficultés de diffusion en raison de leur spécialisation disciplinaire ou de leur thématique pointue. Les manuels pédagogiques sont aussi transmis au format numérique mais ce n’est qu’une petite partie par rapport à l’ensemble des publications de livres numériques.

Enfin, les activités des presses universitaires dépendent en grande partie de la politique générale et éditoriale de leur université d’appartenance, en effet les presses universitaires sont rarement initiatrices des projets de mouvement vers la numérisation des ouvrages, peut-être à cause d’un manque de compétences techniques et/ou d’un manque de personnel, et aussi parfois à cause d’un manque de communication entre services au sein de leur université (par exemple entre le SCD (Service Commun de la Documentation) et le CRI (Centre de Ressources Informatiques)).

Vers de nouveaux modèles économiques

Une synthèse de l’état des lieux réalisée en 2005-2006 [5] a montré que la rénovation des presses universitaires était en marche et qu’elle était tournée vers le numérique, cependant il existait déjà à cette époque une grande disparité entre les presses universitaires, certaines étant en retard par rapport à d’autres, aujourd’hui, le développement se poursuit et quatre modèles économiques se distinguent :

  1. édition uniquement au format papier.
  2. bascule d’une partie de l’édition au format numérique.
  3. édition au format numérique en parallèle du format papier.
  4. (édition uniquement au format numérique.)

Il y a encore aujourd’hui quelques presses universitaires qui publient uniquement des livres papiers, les raisons principales sont peut-être d’ordre technologique, en effet, le processus de passage du format papier au format numérique est complexe à mettre en place (choix de la charte graphique, choix et saisie des métas donnés etc.). De plus, le fonctionnement des presses universitaires est étroitement lié à la politique institutionnelle qui peut être traditionnelle.

Cependant, la bascule des publications au format numérique est entamée dans un bon nombre de presses universitaires et cette évolution ne cesse de progresser. Les revues, ainsi que des ouvrages d’actes de colloques sont les plus représentés parmi les ouvrages proposés au format numérique. Ceci permet l’augmentation de la visibilité des ouvrages concernés, de plus le numérique offre l’opportunité de nouvelles perspectives, comme par exemple la réédition d’anciens ouvrages universitaires spécialisés que les presses d’universités n’envisageaient plus de retirer au format papier.

Le troisième modèle est une évolution du modèle précédant, il consiste à l’édition systématique d’ouvrages au format papier et au format électronique, c’est un modèle qui est rarement pratiqué par les presses universitaires car il nécessite un investissement financier initial important.

Le quatrième modèle est un modèle théorique qui consiste à la publication de la totalité des ouvrages au format numérique, ce modèle n’est pas encore pratiqué par les presses universitaires mais il le sera certainement dans le futur. On observe déjà dans quelques presses universitaires (par exemple les Presses universitaires Blaise Pascal) des offres du type séminaires et journées d’études uniquement au format numérique.

En conclusion, la mutation numérique des presses universitaires est en cours et on constate qu’elle est freinée par plusieurs facteurs : l’investissement financier de départ, la rentabilité pas clairement définie (gratuit / payant), le besoin de compétences technologiques et des ressources humaines et la politique institutionnelle numérique sont selon moi, les facteurs les plus limitant au passage vers le numérique des presses universitaires.


[1] Les expressions utilisées dans ce billet de blog « presses universitaires», « presses d’universités », « presses des établissements d’enseignement supérieur » et « éditeurs universitaires » indiquent les presses publiques au sein des établissements d’enseignement supérieur.

[2] PIAULT Fabrice, Les 200 premiers éditeurs français, Livres hebdo, n° 1013, 10 octobre 2014, p. 26-35.

[3] PIAULT Fabrice, La production par éditeurs en 2013, Livres hebdo, n° 985, 14 février 2014, p. 16-18.

[4] Synthèse de l’état des lieux 2005-2006 les presses des établissements d’enseignement supérieur, Ministère de l’éducation nationale de l’enseignement supérieur, 2007, p.17.

[5] Op. cit., p.26.

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